Valais

Jean-Marie Bornet et le Ministère public diffusent vérités et contre-vérités

Soupçonné d’instigation à faux témoignage et d’abus d’autorité, le candidat au gouvernement se prétend blanchi face à la presse. Dans les minutes qui suivent, le Ministère public dément

Amusé, Jean-Marie Bornet pointe du doigt la blanchisserie qui jouxte le petit café où il a donné rendez-vous aux journalistes: «Encore une fois, je suis blanchi». Candidat au gouvernement et fondateur d’une nouvelle formation politique, le policier était soupçonné d’abus d’autorité et d’instigation à faux témoignage depuis octobre dernier. Face à la presse, il communique qu’il bénéficie d’une ordonnance de classement.

Dans les minutes qui suivent, le sourire s'efface pour laisser place à la colère. Le Ministère public le contredit dans un communiqué de presse laconique, rédigé suite aux sollicitations de divers médias: «Une instruction est toujours ouverte contre Jean-Marie Bornet pour abus d’autorité et violation de la loi fédérale sur les armes». Pour le policier, «c'est un coup bas.»

En octobre dernier, une juge de première instance a dénoncé Jean-Marie Bornet au Ministère public. La magistrate instruisait le procès du fils du policier, finalement condamné pour mise en danger de la vie d’autrui. Le jeune homme a tiré plusieurs coups de feu avec une arme appartenant à son père. Au tribunal, un protagoniste de l'affaire a accusé Jean-Marie Bornet d’avoir tenté d’influencer son témoignage.

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D'accord sur les faits

Désormais, Jean-Marie Bornet martèle que le procureur lui a donné l’autorisation de communiquer sur cette procédure qui s'approche de son terme. Il insiste: «Les deux infractions ne devraient pas être retenues». Il avoue aussi qu'il écopera sans doute d’une contravention pour avoir prêté son arme à quelqu'un qui ne bénéficiait pas d’un permis d’acquisition: «Ce sont des faits d'importance mineure.»

Dans le détail, le procureur en charge de l'affaire a rédigé une communication de fin d'enquête le 15 décembre dernier. Il y annonce son intention de rendre une ordonnance de classement pour l'accusation d'instigation à faux témoignage. Au sujet de l'accusation d'abus d'autorité, il entend prononcer une ordonnance de suspension jusqu'à droit connu sur la procédure qui concerne le fils du policier.

Plus aucun obstacle ne s’oppose à ce que le Ministère public ne tranche dans cette affaire qui a par trop duré

Pour accélérer l'instruction qui mine la campagne de son père, le jeune homme a retiré le recours qu'il avait déposé contre sa condamnation. Pour le Ministère public, «l'instruction de ce volet de la procédure se poursuit donc». Selon l'avocat du policier, «plus aucun obstacle ne s’oppose à ce que le Ministère public ne tranche dans cette affaire qui a par trop duré». Son client espère un classement rapide: «Les électeurs doivent voter en toute connaissance de cause.»

Une vieille guerre

En publiant ses précisions, le Ministère public tient sans doute à démontrer son exemplarité face à un personnage public: L'agenda de la justice n'a pas à s'adapter au calendrier politique. Formellement, Jean-Marie Bornet n'est pas blanchi pour l'instant. Mais cet échange de vérités et de contre-vérités pourrait aussi s'inscrire dans une vieille guerre qui oppose le policier aux magistrats. Dans tous les cas, le communiqué de presse brouille le message que le candidat entendait faire passer.

Ce n’est pas pour cette justice-là que je suis devenu policier et c’est le Valais que je n’aime pas

Certain d'être blanchi, Jean-Marie Bornet soutient que «la justice a failli». Il promet plusieurs procédures judiciaires, pour diffamation ou pour violation du secret de fonction. Remonté contre «la dénonciation abusive d’une juge qui est aussi une ancienne élue», le candidat au gouvernement s’emporte: «Ce n’est pas pour cette justice-là que je suis devenu policier et c’est le Valais que je n’aime pas».

En campagne pour une place au gouvernement, il en profite pour réaffirmer son soutien au projet de Conseil de la magistrature. En septembre dernier, le peuple a voté le principe d’une autorité de surveillance de la justice dont le parlement doit encore définir les compétences et la composition. Pour Jean-Marie Bornet, «il faut dépolitiser la justice valaisanne.»

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