Jean-Marie Lovey, l’évêque de la réconciliation

Sion Alors que son prédécesseur est contesté, le nouvel évêque plaide pour l’unité du diocèse

Il est apparu à l’évêché de Sion visiblement ému. Vêtu du vêtement blanc des chanoines du Grand-Saint-Bernard, Jean-Marie Lovey s’est présenté à la presse mardi matin comme l’évêque de l’unité. «Ce qui fait qu’un diocèse est une église, c’est la communion autour du Christ, c’est d’être animés tous ensemble du même esprit d’unité», a-t-il dit. Depuis l’annonce du renoncement de son prédécesseur, Mgr Brunner, les Valaisans auront attendu cette nomination plus d’une année. Pendant cette latence, de nombreux candidats ont été évoqués, des tensions se sont cristallisées.

«Sa nomination répond au souhait de beaucoup de gens qui ne désiraient pas que le nouvel évêque appartienne à l’actuel conseil épiscopal», analyse l’abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie à l’Université de Fribourg. «Il apportera l’élan et le souffle spirituel de la nouvelle évangélisation à notre diocèse», poursuit-il.

«Il a été reproché à son prédécesseur d’avoir pris des décisions très rapides et de manière trop abrupte à l’égard de laïcs engagés en Eglise», explique le jésuite et historien Jean-Blaise Fellay. «Cela a choqué des paroissiens et une partie du clergé», dit-il. «Depuis plus de vingt ans, le diocèse de Sion a beaucoup souffert: vacance de la commission de diaconie, suppression de celle de justice et paix, suppression du conseil pastoral diocésain», énumère l’animateur pastoral Emmanuel Theler sur le blog l’1dex.

Au-delà de ces tensions, Jean-Blaise Fellay décrit une Eglise valaisanne structurée par de multiples courants. «Il y a la génération des prêtres ordonnés après le concile Vatican II qui a pris ses distances avec les anciennes formes, notamment au niveau de l’utilisation du latin et des vêtements des prêtres», explique-t-il. «Puis la génération inspirée par Jean-Paul II, qui est retournée à une perspective plus classique, plus proche de l’église polonaise», estime-t-il. «A cela s’ajoute l’intégrisme de l’église d’Ecône, dont la contestation a troublé le monde valaisan, ou le courant neuf d’Eucharistein, créé par le Père Nicolas Buttet, un mouvement charismatique marqué par l’esprit de Mère Teresa», décrit-il. «Un homme comme Jean-Marie Lovey ne peut pas être identifié comme appartenant à l’un de ces courants», estime Jean-Blaise Fellay, qui dit être ami avec le nouvel évêque.

«Au service de la vie»

«Nous en sommes là parce que la vie est ainsi, les tensions de la société se retrouvent dans le clergé», reconnaît Mgr Lovey. «Mais nous ne devons pas aboutir à une séparation du clergé pour des raisons formelles, telles que le vêtement des prêtres. La doctrine est au service de la vie», dit-il.

A la question du rapport qu’il convient d’entretenir avec les autres religions, il répond qu’en Valais, 15% de la population est d’une autre confession. «Si le souci de la communion nous habite, l’Eglise ne peut pas être fermée», dit-il. «Il y a notamment un enjeu de société autour de l’islam et l’Eglise ne peut pas passer à côté de son mandat dans ce domaine.» A ses yeux, les aspects centraux de sa mission sont de trouver de nouvelles manières de faire connaître l’Evangile dans une société où des pans entiers de la transmission ont disparu et de mettre l’institution ecclésiastique «au service de la vie», plutôt que de se laisser envahir par sa lourdeur et ses exigences.

Si, mardi, les réactions étaient plutôt positives, il reste à savoir comment les différents courants du clergé réagiront à moyen terme. «S’il s’y prend bien, il pourra les réconcilier», estime Jean-Blaise Fellay. «Il sera bien accepté parce qu’il est le Prévost de la congrégation du Grand-Saint-Bernard, aux racines millénaires, et à laquelle les Valaisans sont très attachés», dit François-Xavier Amherdt. «Ce n’est pas un prêtre diocésain qui pourrait ne pas faire l’unanimité, mais un religieux qui peut amener la communion et l’unité», poursuit-il. «C’est l’affaire du Seigneur que de nommer un évêque, le jugement des hommes ne voit pas assez loin pour cela», répond, beaucoup plus prudemment, Joseph Roduit, Père Abbé de l’abbaye de Saint-Maurice. «Nous avons besoin d’une réconciliation et Jean-Marie Lovey, en bon guide de montagne, saura avancer lentement.»