« Notre correspondant de Berne nous écrit:

Rarement candidature au Conseil fédéral a triomphé de plus d’obstacles que celle de M. Musy. Il fallait non seulement faire accepter le principe de la concession d’un second siège à la minorité conservatrice-catholique, mais obtenir de cette minorité elle-même qu’elle acceptât d’être représentée […] par deux Suisses de race latine. Il fallait enfin que la Suisse romande dérogeât à la tradition plus que semi-séculaire qui voulait que son second ­re­présentant au Conseil fédéral fût choisi alternativement dans les cantons de Genève et de ­Neuchâtel.

Pour surmonter tout cela, il fallait un homme d’un mérite personnel incontesté. Il n’y a, en effet, jamais eu discussion sur les qualités personnelles de M. Musy, qui, à Fribourg, a brillamment fait ses preuves d’homme d’Etat. Depuis qu’il est entré au gouvernement, ce beau canton est devenu non seulement un des plus prospères de la Suisse, au point de vue économique et financier, mais aussi un de ceux où l’esprit public et les progrès sociaux sont les plus développés. M. Musy a accompli cette régénération politique en moins de sept années, étant entré au Conseil d’Etat en 1912.

Né le 10 avril 1876, à Albeuve, en Gruyère, il est le benjamin du Conseil fédéral. Après des études de droit à Fribourg, Munich et Berlin, il pratiqua quelques années le barreau dans son pays natal et passa quelque temps à la direction du Crédit gruérien avant son élection au gouvernement cantonal.

Il fait partie du Conseil national depuis 1914 et y joua d’emblée un rôle de premier plan dans les grands débats financiers. Dans toutes ces batailles, il fut un des champions les plus éloquents du fédéralisme. Le magnifique discours qu’il prononça dans la discussion sur la grève générale [de novembre 1918] est encore dans toutes les mémoires: ce fut un des plus vibrants […] qu’ait jamais entendu le parlement […] suisse. A cette heure trouble, il fut le centre de ralliement de toutes les forces nationales et eut le rare bonheur d’être le porte-parole de tous les patriotes. Le pays ne l’a pas oublié.

Il s’associera tout entier et sans réserves à la joie du canton de Fribourg, qui a bien mérité de la patrie par la belle tenue morale dont il a fait preuve pendant les années difficiles que nous venons de traverser. Nous sommes tout particulièrement heureux de l’honneur échu, après une très longue attente, au plus ancien canton suisse de langue et de culture françaises. »