Dans un entretien accordé au Temps, Jean-Michel Cina, président du conseil d’administration de la SSR, apporte tout son soutien au directeur Gilles Marchand, assurant que son intégrité ne pouvait être remise en cause. Il reconnaît toutefois des lacunes et des insuffisances managériales au sein de l’entreprise.

Le Temps: La SSR, notamment la RTS, est-elle une entreprise en crise?

Jean-Michel Cina: Dans son enquête, votre journal a formulé des reproches graves que le conseil d’administration a dû vérifier en mandatant trois enquêtes, du jamais-vu dans l’entreprise. Des lacunes ont été décelées dans nos instruments pour protéger nos collaboratrices et collaborateurs de toute forme de harcèlement et de violation de leur intégrité. Dans chaque unité de la SSR, nous allons désigner des personnes de confiance externes à la hiérarchie ainsi qu’un ou une médiatrice externe pour appliquer la tolérance zéro que nous visons.

Lire aussi: La RTS fait son mea culpa

Vous admettez qu’il faut un changement de culture à la RTS. Des comportements sexistes ont-ils été trop longtemps tolérés?

Dans un cas sur les trois analysés, il y a eu des insuffisances managériales, sans que les deux expert.es indépendant.es les considèrent comme des erreurs graves. Ce sont l’ancienne présidente du Tribunal cantonal vaudois Muriel Epard et l’ancien président de la Cour genevoise des comptes Stanislas Zuin qui ont fait cette appréciation. Je ne peux que respecter leur jugement.

Sur 230 témoignages auprès du Collectif de défense, 180 ont exprimé des malaises et des doléances. Le rapport du personnel avec la direction n’est-il pas rompu?

Nous attendons désormais l’analyse du Collectif de défense qui rendra son rapport final pour fin juin. Cela dit: non, je ne crois pas que la confiance soit rompue avec la direction. Mais la confiance doit se mériter chaque jour par des actes concrets.

Le directeur général de la SSR Gilles Marchand, qui dirigeait la RTS à l’époque des faits, a admis avoir commis une faute. Est-il encore la bonne personne pour mener les réformes à venir?

Le conseil d’administration de la SSR a analysé la situation de manière approfondie. Il n’y a pas de raison de mettre en doute l’intégrité de Gilles Marchand, qui dispose tout à fait des compétences requises pour accompagner ce changement de culture et lutter contre le harcèlement. Il est aussi la bonne personne pour relever les défis qui se posent au service public, comme ceux de la transformation numérique de l’entreprise dans le contexte d’un budget marqué par des programmes d’économies.

Le mouvement «MeToo» a libéré la parole du personnel qui se montre plus revendicateur en matière d’égalité. Quelles mesures sont-elles prévues à la SSR?

Le réseau de collaboratrices «idée femme» a été créé en 2019 par des cadres féminins comme Larissa Bieler, Philippa de Roten ou Nathalie Wappler. Un «Diversity Board» a aussi été fondé pour renforcer la diversité des genres au sein de l’entreprise, dans les équipes comme dans les programmes. Les femmes y représentent 41% de l’effectif de la SSR et 30% des cadres.