Energie

Jean-Michel Cina: «La Confédération doit imposer des quotas d’électricité indigène»

Le ministre valaisan de l’Economie et de l’énergie souhaite permettre aux collectivités publiques du canton de reprendre le contrôle de 60% des barrages. Au moment où Alpiq décide de vendre une partie de son parc hydroélectrique, le canton étudie la possibilité d’investir

L’annonce, mardi, du groupe Alpiq de céder une partie non négligeable de ses barrages provoque un tollé. Ministre valaisan de l’Economie et de l’énergie, Jean-Michel Cina pose ses conditions, et précise les projets du gouvernement.

Lire aussi: Alpiq veut céder la moitié de ses barrages

Le Temps: Alpiq souhaite vendre rapidement 49% de son parc hydroélectrique, en partie situé en Valais. Est-ce que le canton saisira cette opportunité?

Jean-Michel Cina: Il est trop tôt pour répondre à cette question. Ceux qui le font déjà ont tort. Les Forces motrices valaisannes (FMV) analysent chaque opportunité depuis trois ans et elles évaluent les parts d’Alpiq en Valais depuis que nous avons connaissance de la politique de désinvestissement de la société. Les FMV ont constitué des réserves qui permettraient de réaliser de tels investissements, et de racheter une partie des parts mises en vente par Alpiq. Mais il convient de rester prudent avec l’argent public. Si nous ne rachetons pas ces parts, les barrages resteront quand même en Valais. Dans ce dossier, nous faisons de l’économie, pas de la politique.

– Les coûts de production sont plus bas que prix de l’électricité. Est-ce que cet investissement peut être rentable?

– L’hydroélectricité a des chances de redevenir rentable si la politique énergétique est liée à la politique climatique. Il faut éliminer les distorsions de concurrence dont souffre la grande hydraulique. Le charbon doit être taxé, et le coût du démantèlement des centrales doit être inclus dans le prix de l’énergie nucléaire. L’importation de cette énergie à des prix artificiellement bas casse le marché suisse. Aujourd’hui et pour une période difficile à déterminer, l’hydroélectricité ne peut être rentable que pour les sociétés qui bénéficient de clients captifs. Si le Valais entend investir, il doit réfléchir à réunir les producteurs et les distributeurs, pour allonger la chaîne de création de valeur, de la prise d’eau à la prise électrique. Mais cette alliance ne protégerait pas l’hydraulique d’une éventuelle seconde phase de libéralisation du marché, qui permettrait aux petits consommateurs de choisir leur fournisseur. Nous sommes tributaires du marché international. La compétence d’agir appartient à la Confédération.

– Le parlement a déjà choisi de soutenir la grande hydraulique…

– Oui, mais cette mesure est temporaire. Depuis longtemps, je défends une politique des quotas. Les cantons alpins souhaitent que la Confédération impose des contingents d’électricité indigène et d’énergie renouvelable aux distributeurs. Jusqu’ici, notre lobbying a échoué à convaincre l’Office fédéral de l’énergie et les formations politiques. Pourtant, la Suisse ne peut pas se passer de l’hydraulique, une électricité propre qui représente presque 60% de sa production.

Lire aussi :  Le parlement a décidé en 2014 déjà d’aider la houille blanche

Publicité