Après la votation sur le Régime du délai en juin et la présentation du programme du PDC pour les élections 2003, l'été ne laisse pas de repos au conseiller national démocrate-chrétien Jean-Michel Cina, qui est devenu sur ses terres la cible des socialistes haut-valaisans. «Sur le Monopoly fiscal international, Jean-Michel Cina suit la piste de Peter Hess», titre dans son numéro de juillet l'organe socialiste Rote Anneliese, journal de combat cher à Peter Bodenmann.

Un article décortique les mandats d'administrateur de Jean-Michel Cina dans six sociétés qui ont leur siège à Zurich, en Valais ou aux îles Cayman. Il s'interroge en particulier sur la société Global Biomedical Partners AG, qui a une filiale dans ces îles, la GPC Cayman Ltd. Celle-ci permettrait, selon le journal, de faire de l'évasion fiscale. L'attaque est frontale. En résumé, Jean-Michel Cina, avocat à Viège, utiliserait pour ses affaires les avantages d'un paradis fiscal notoire, en contradiction avec l'éthique défendue par son parti dans le domaine économique.

En début de semaine le JUSO, les jeunesses socialistes, ont une nouvelle fois allumé le «Sonnyboy de Salquenen» dans le Walliser Bote: «Herr Cina, gehen Sie!» Soit: allez-vous-en! Ils l'accusent rien moins que de soustraire au fisc valaisan une «grosse partie» de ses revenus pour les transférer aux îles Cayman. Cette fois, le conseiller national a répondu sèchement en fustigeant «l'absolue bêtise» des jeunes socialistes qui confondent «l'optimisation fiscale avec la fraude fiscale».

Sur le fond, Jean-Michel Cina est administrateur de différentes sociétés, qui sont d'ailleurs répertoriées dans la liste des liens d'intérêts des députés du Parlement fédéral. A la demande d'un ami d'enfance de Salquenen, commune dont il est président, il siège à la FEI Capital Partners AG, FEI Asset management AG, Chapitre des Domaines AG ou encore Friendship Holding AG. Les premières ont siège à Zurich, la dernière en Valais. Ce sont des sociétés qui travaillent dans le conseil ou des participations financières. Sauf dans la dernière, qui lui appartient, il ne possède dans les autres qu'une seule action qui lui permet de siéger au conseil.

Dans son bureau de la commune de Salquenen, le chef de campagne du PDC est un peu surpris par la tournure des événements, bien qu'il les place dans un contexte relatif aux élections d'octobre 2003: «Je ne suis pas un avocat d'affaires. 80% de mon temps est absorbé par la politique. Dans le cadre de Global Biomedical Partners, nous agissons sur la base d'un mandat avec une autre société, Biomedicine, qui investit dans des entreprises en développement. C'est le système de fonds Private Equity. Nous agissons dans le cadre d'un marché international. Les règles et les conditions fiscales de notre activité doivent suivre le marché pour être concurrentielles.» Il prend à témoin d'autres fonds suisses qui travaillent de la même manière, HBM BioVentures ou Vontobel Private Equity.

Jean-Michel Cina conteste toute évasion fiscale: «La société mère est en Suisse et je ne fais ni gestion de fortune, ni placement aux îles Cayman. L'objectif est d'avoir une construction juridique selon le droit anglo-saxon. Nos revenus proviennent du travail de management et d'une participation en cas de réussite des placements de la société Biomedicine.» Il explique aussi que, dans cette firme, de multiples investisseurs, des privés, des banques et aussi des caisses de pension s'engagent et que le conseil est composé de personnalités suisses, dont le Docteur Manfred Timmermann, professeur d'économie à l'Université de Saint-Gall. Le rôle de Jean-Michel Cina est de veiller aux aspects juridiques des activités de la société de management.

Quant à son éventuel double langage sur l'éthique des affaires, le politicien démocrate-chrétien réplique: «Pour la gauche, gagner de l'argent est déjà éthiquement suspect. Sur le plan fiscal, si une personne choisit une commune plutôt qu'une autre pour payer moins d'impôts, il s'agit déjà d'optimisation fiscale. Pour les entreprises c'est la même chose. Les socialistes veulent une harmonisation de toute la fiscalité. C'est une question politique. Personnellement, d'un point de vue éthique, économique ou légal, je n'ai aucun problème avec mes activités.»

Mais cette polémique le gène toutefois un peu: «Aujourd'hui, je me pose la question: comment se défendre dans un tel cas? Pour certains, être membre d'un conseil d'administration est déjà un problème, quand on fait de la politique. Mais notre système de milice veut que les parlementaires travaillent aussi à côté pour gagner leur vie.» Les mandats d'administrateurs dont il est question lui rapportent en fait 10 000 francs par an.