Carnet noir

Jean-Noël Rey, un homme entier doté d’un grand humanisme

L'ancien conseiller national fait partie des victimes des attaques terroristes du 16 janvier dans des hôtels et restaurants de Ouagadougou au Burkina-Faso

Jean-Noël Rey restera l’une des figures les plus marquantes du Parti socialiste et de la vie politique suisse de ces trente dernières années. Sa carrière, qui s’achève dans le drame des attaques terroristes à Ouagadougou le 16 janvier, aura été riche en rebondissements. Cet  homme entier, à l’imposante moustache et au caractère bien trempé, qui savait toujours où il voulait aller, n’a jamais laissé personne indifférent et, lorsqu’il lui est arrivé de subir une déconvenue,  il a toujours refait surface

Né le 23 décembre 1949 à Sierre, fils d’un syndicaliste engagé, Jean-Noël Rey a suivi des études de sciences économiques et sociales. En 1976, il a fait son entrée au secrétariat du groupe parlementaire socialiste à Berne. En 1983, les femmes du parti lui reprochèrent d’avoir agi en coulisses pour faire élire Otto Stich à la place de la Zurichois Lilian Uchtenhagen. Il est d’ailleurs devenu le collaborateur personnel du conseiller fédéral soleurois, fonction qu’il occupa jusqu’en 1989.

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En 1990, il remplaça un autre socialiste valaisan, Jean Clivaz, dans le triumvirat qui pilotait alors les PTT, avec la responsabilité du secteur postal. Il accompagna de l’intérieur l’éclatement de l’ancienne régie fédérale en deux entités distinctes. Dans ce contexte particulier, il réforma l’entreprise postale pour la préparer à la libéralisation du marché. L’expansion de La Poste suisse faisait partie de sa stratégie. Elle fut aussi la source de ses ennuis.

Dans le but de se positionner sur le marché italien, il avait lancé un projet pionnier nommé Mondial-. Transports, dont l’objectif était d’acheminer du courrier d’Italie en Suisse. La société était domiciliée chez un avocat, qui, pour couvrir les risques que comportait cette offensive transalpine, demanda une garantie bancaire de 100 000 francs.

L’affaire tourna au vinaigre. La restitution de la somme fut exigée, mais seuls 40 000 francs furent remboursés. Une plainte pénale pour gestion déloyale fut alors déposée contre Jean-Noël Rey et son ancien directeur des finances. Les deux hommes furent toutefois acquittés par le tribunal de Berne en 2001. A l’époque, les commentateurs parlèrent de procès politique mené contre Jean-Noël Rey.

Un grand vide

Le Valaisan sut rebondir. Auprès de la concurrence. Le marché postal s’entrouvrant, de nouveaux acteurs apparurent et Jean-Noël Rey se mit à leur service. Devenu directeur pour la Suisse de DPD, il fut l’un des fondateurs de l’association faîtière des concurrents de La Poste, Kep & Mail. Il coupla cette activité avec un mandat de conseiller national, qu’il exerça de 2003 à 2007. En 2013, il prit la présidence de la Chambre de commerce franco-suisse (CCIFS) à Genève, où il laisse un grand vide. «Nous sommes sous le choc de sa brutale disparition. Nous garderons le souvenir de son grand humanisme. Ce ne sera pas facile de le remplacer», témoigne Romain Duriez, directeur de la CCIFS. Mais le projet de créer une section Bâle-Jura, initié par Jean-Noël Rey, se poursuivra, assure-t-il.

Dans un communiqué, le président du PS Christian Levrat a rendu hommage dimanche à l’une «des personnalités socialistes éminentes et marquantes». Jean-Noël Rey a trouvé la mort moins d’un mois après son 66ème anniversaire alors qu’il accompagnait un autre socialiste valaisan, Georgie Lamon, 81 ans, dans un projet humanitaire. Directeur de l’Office romand d’intégration professionnelle pour handicapés pendant 30 ans, député au Grand Conseil de 1989 à 2001, Georgie Lamon avait également présidé la société d’édition du Peuple valaisan, l’organe du PS cantonal. Très attaché  à la sauvegarde du patrimoine, il avait lancé un projet d’aide à l’alphabétisation et à l’éducation d’enfants. C’est pour inaugurer une école découlant de ce programme que les deux hommes s’étaient rendus au Burkina Faso. Pour marquer cette tragique double disparition, les  drapeaux ont été mis en Berne au Palais fédéral et au siège du gouvernement valaisan.

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