Portrait

Jean-Philippe Ceppi prône l’information sans fard à «Temps présent»

Producteur de l’émission jubilaire de la RTS depuis quatorze ans, le journaliste romand a d’abord sillonné l’Afrique comme reporter de guerre: adrénaline, émotion et audace

Afrique du Sud, mars 1999. Une dizaine de policiers font irruption dans sa chambre d’hôtel et fouillent ses bagages. Peu après minuit, il est jeté en prison pour «possession de documents militaires». Il y passera quatre jours, dans des conditions difficiles. «Enquête choc sur l’implication de la Suisse dans le régime raciste de l’apartheid», le premier reportage de Jean-Philippe Ceppi pour Temps présent est à l’image du journaliste romand: aventureux, engagé et novateur.

Vingt ans plus tard, le Jurassien d’origine est devenu le visage de l’émission de la RTS, qu’il produit et présente depuis 2005 et qui fête aujourd’hui son cinquantième anniversaire. «Nous avons tissé un lien de confiance avec les téléspectateurs grâce à un journalisme de qualité et une réalisation nourrie de l’héritage cinématographique. Ce savoir-faire nous permet de survivre dans le monde des médias. Mais je me remets toujours en question, le doute fait partie du métier.»

Son éditorial dans «Le Temps» du 30 octobre 1998: Apartheid, crime contre l’humanité

Plus qu’un métier, il s’agit même d’une vocation, qui l’anime depuis le gymnase. «J’ai publié ma première enquête, très mauvaise, dans un journal étudiant neuchâtelois, se rappelle-t-il en souriant. Je soupçonnais la fille du directeur d’avoir obtenu son bac grâce à son père!» Rapidement, son appétit pour l’investigation se transforme en fascination pour le monde de la guerre. «Petit, je dévorais déjà des reportages sur les conflits armés ou la Shoah. Avec mon grand-père, nous discutions de la Première Guerre mondiale, car plusieurs cousins y avaient perdu la vie.»

Apprendre à couvrir l’horreur

Crête sur la tête et le «A» d’anarchie épinglé sur la veste, le jeune homme cultive son look punk, symbole de la génération rebelle des Sex Pistols. Apolitique, il remet en question le système, du nucléaire à l’industrie du tabac. «J’avais énormément d’énergie à revendre! Indigné en permanence, je recherchais l’adrénaline.» Sa devise: «Vivre vite et vivre fort.» A 18 ans, Jean-Philippe Ceppi en est certain: il sera reporter de guerre.

Alors en conflit avec ses parents – ingénieur physicien et mère au foyer –, il part suivre une formation en journalisme, histoire contemporaine et philosophie à l’Université de Fribourg. «Même si mon père aurait préféré que je sois notaire à Porrentruy…» ironise-t-il. Sa rencontre avec Roger de Diesbach, pionnier du journalisme d’investigation en Suisse, est décisive. Le Bernois l’engage au Bureau de reportage et de recherche d’informations (BRRI), dont les locaux s’improvisent dans une ferme fribourgeoise. Ensemble, ils partent à la chasse au scoop, traitant notamment du trafic de déchets toxiques, thème inédit pour l’époque.

Les archives de Roger de Diesbach, une aubaine pour les historiens (12.03.2015)

A 27 ans, après une formation d’officier grenadier de chars, Jean-Philippe Ceppi s’envole vers le Zimbabwe. Une zone stratégique lui permettant de couvrir, entre autres, les guerres civiles en Angola, au Mozambique et la libération de Nelson Mandela. «Je suis parti en amateur, sans même penser à faire un visa de journaliste. C’était la vie à la dure. En Angola, je dormais dans la jungle. La malaria a failli me tuer. Mais j’aimais ces conditions et j’y étais préparé.» Alors qu’il est un des rares journalistes européens sur le terrain, ses articles intéressent des médias prestigieux, tels que Radio France internationale, Rolling Stone et, plus tard, Libération et la BBC.

«Gratter là où ça fait mal»

En 1991, le journaliste vaudois Jacques Pilet l’invite à participer à la création du Nouveau Quotidien (qui deviendra Le Temps à la suite de sa fusion avec le Journal de Genève et Gazette de Lausanne), tout en restant correspondant. Stimulé par l’entrepreneuriat autant que par le terrain, il accepte et s’installe au Kenya, où il rencontre celle qui deviendra la mère de ses deux enfants. Parallèlement, notre homme est envoyé au Rwanda pour couvrir ce qui s’avérera être le génocide le plus rapide de l’histoire. «J’ai appris à être professionnel face à l’horreur. Le journaliste est un témoin fondamental de l’histoire et je suis fier d’en être.»

Lire aussi: Au cœur de l’horreur au Rwanda, il y a vingt ans («Le Nouveau Quotidien», 19.04.1994)

De retour en Suisse, il hésite: rester ou s’impliquer davantage en Afrique? Après plusieurs tentatives de reprise de journaux notamment au Kenya et au Soudan, l’aventure Temps présent l’incite à poser ses valises. Cette émission est un terrain de jeu idéal pour ce reporter intrépide qui aime bousculer les idées reçues, estime Jérôme Porte, producteur éditorial du magazine. «Il veut toujours gratter là où ça fait mal, c’est un bosseur. Mais aussi quelqu’un de très sensible. Il ne trahira jamais la parole d’un témoin.» Des propos appuyés par certains élèves de l’Université de Neuchâtel, à qui Jean-Philippe Ceppi enseigne l’art de l’investigation. «A la télé, il paraît froid et dur. C’est tout le contraire. Son regard est doux et sa parole sincère.»

L’enquête dont il est le plus fier: «Securitas, un privé qui vous surveille», qui raconte l’infiltration d’un agent de sécurité dans un mouvement altermondialiste, sur mandat de Nestlé. Une révélation fracassante qui était remontée au Conseil fédéral, en 2008. Mais aussi des reportages sur la violence conjugale ou le suicide assisté. Celui qui a désormais troqué ses vestes cloutées pour une tenue sobre est toujours animé par la même fougue. «Je suis, tout simplement, en cohérence avec mes idées.»


Profil

1962 Naissance à Lausanne.

1989 Départ en Afrique pour dix ans de correspondance.

1991 Participe à l’élaboration du journal romand «Le Nouveau Quotidien».

1998 Création du service enquête du «Temps».

1999 Lancement du média Dimanche.ch.

2005 Est nommé producteur de l’émission «Temps présent» de la RTS.

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