Son règne aura duré une session, une saison. Jean-Philippe Maitre a descendu la marche du fauteuil présidentiel du Conseil national comme il l'avait gravie, dans l'humilité et l'élégance. Atteint d'une tumeur au cerveau depuis Noël, le président de la Chambre basse a fait lundi des adieux émouvants à la Coupole, à l'occasion de l'ouverture de la session de printemps, qu'il n'aura présidée que quelques minutes. Dans un discours empreint des mêmes convictions qu'il revendiquait lors de son élection, en novembre dernier, le désormais ancien conseiller national et ex-président a une fois de plus appelé les parlementaires à s'ouvrir au monde, notamment lors des prochaines votations européennes (lire ci-dessous), et à laisser derrière eux la polarisation croissante de la politique suisse. En répétant les raisons qui l'ont poussé à démissionner, à savoir le respect de ses collègues, de son groupe parlementaire et de l'institution, Jean-Philippe Maitre a rappelé qu'il lui aurait été possible de continuer à assumer sa fonction malgré sa maladie, mais dans des conditions qu'il ne souhaitait pas. Réunis dans l'hémicycle du Conseil national, sénateurs et députés lui ont réservé une ovation particulièrement chaleureuse.

Peu de parlementaires manquaient à l'appel, lundi à 14 h 30, à l'heure où le Genevois a agité la cloche sonnant l'ouverture de la session de printemps. Le conseiller fédéral Joseph Deiss, le président de la Confédération Samuel Schmid et la chancelière Annemarie Huber-Hotz étaient également présents pour dire au revoir à Jean-Philippe Maitre. Avant d'ouvrir sa dernière séance, le doyen de fonction du parlement a lancé un regard vers les tribunes, où ses proches assistaient à son dernier jour de règne. Un geste de la main et des sourires pour se donner du courage. Puis le discours et les adieux à une carrière politique longue de plus de vingt ans. Un bilan, mais sans doute aussi de nombreux souvenirs. La dignité aura prédominé sur l'émotion, perceptible mais momentanément refoulée du démocrate-chrétien, durant son allocution. Dans la salle, le silence et le respect étaient au rendez-vous et l'on pouvait entrevoir les yeux embués de certains parlementaires. Tous se sont levés pour rendre hommage au démissionnaire, tous l'ont longuement applaudi.

Très ému, Jean-Philippe Maitre est resté quelques minutes encore assis dans le fauteuil qu'il avait tant apprécié d'occuper et qu'il doit quitter trop tôt, le temps de donner la parole au vice-président Claude Janiak (PS/BL), qui continuera d'assurer l'intérim jusqu'à ce que le poste soit repourvu. Et c'est dans l'acclamation générale que Jean-Philippe Maitre a fait ses derniers pas dans l'hémicycle, avant de rejoindre une petite salle. Loin des flashes et des médias, l'avocat de Vésenaz y a reçu sa famille, ses amis, ses collaborateurs et ses collègues, avant de quitter discrètement le Palais fédéral qu'il fréquentait assidûment depuis 1983.

Thérèse Meyer et Josef Leu en course

Dans les coulisses, les discussions allaient bon train. Arpentant la salle des pas perdus, les parlementaires ne tarissaient pas d'éloges sur le discours d'adieu de leur président. «Grand homme», «courage», «classe» fusaient par bribes, sauf dans les rangs UDC, qui n'en goûtaient que modérément le message politique. Par respect, personne ne parlait de la succession du Genevois. Personne, sauf les journalistes… Le groupe parlementaire PDC, réuni aujourd'hui, devrait se déterminer sur un ou une candidate à la présidence. Pour l'heure, seules deux personnes semblent encore en lice. Il s'agit de la Fribourgeoise Thérèse Meyer, qui a déjà été auditionnée par le groupe de travail chargé de trouver un remplaçant à Jean-Philippe Maitre, et le Lucernois Josef Leu. Alors que les noms de Lucrezia Meier-Schatz et de Chiara Simoneschi circulaient encore il y a peu dans les médias, toutes deux ont fait savoir qu'elles ne convoitaient pas le poste. La Saint-Galloise affirme qu'elle n'est pas à disposition et la conseillère nationale tessinoise refuse de faire de l'ombre à une candidature romande. Selon les Services du parlement, l'élection pourrait avoir lieu le lundi 7 ou le lundi 14 mars.