Le démocrate-chrétien Jean-René Fournier, président du Conseil d'Etat valaisan, voudrait-il apparaître comme le chef de file de la résistance à l'islam radical? Dans une interview au Matin dimanche, il s'est clairement prononcé pour l'expulsion de ceux parmi les musulmans «qui ne partagent pas nos valeurs intangibles, à fixer dans une charte». «Cela peut paraître cruel, extrême et fermé, mais c'est la seule solution face à ceux qui viennent chez nous pour nous traiter de mécréants aux mœurs dissolues», a-t-il précisé.

Dénonciation pénale

Le magistrat a du reste déposé, en date du 4 novembre, une dénonciation pénale auprès du juge d'instruction cantonal Jo Pitteloud au sujet du Centre islamique de Sion. Par cette démarche, il soutient deux responsables du centre – une membre fondatrice ainsi que l'actuel gérant – qui ont porté plainte contre l'un des prédicateurs et deux de ses adeptes pour propos racistes. Principal accusé, le prédicateur Khaled Amraoui conteste le reproche qui lui est fait d'exciter les fidèles contre le pays d'accueil. «Mes paroles, assure-t-il, n'ont d'autre but que d'élever la spiritualité, la relation de l'homme avec son créateur.»

Jean-René Fournier se déclare par ailleurs tout à fait opposé à la formation d'imams en Suisse, qui serait selon lui «une énorme bêtise». «L'Etat laïc n'a pas à se mêler de la religion elle-même, mais uniquement de ses effets», souligne le ministre démocrate-chrétien.

Dans la même interview, le président valaisan assure de sa compréhension la majorité de musulmans qui prient et vivent leur religion sans causer de problème. Le fait qu'ils aient conservé leur foi intacte, contrairement à ce qui se passe dans notre civilisation chrétienne, peut fausser l'appréciation que nous avons de l'islam, note-t-il.

Malgré sa compréhension, le politicien paraît mettre l'islam sur le même pied qu'une secte quelconque. Il s'oppose en tout cas à toute reconnaissance officielle pour l'islam de Suisse, «car il faudrait alors reconnaître les raéliens, etc.».

S'il pourfend le radicalisme musulman, le ministre valaisan revendique pour lui-même le traditionalisme catholique dont il est pénétré. Il est pour la messe en latin, mais contre le mariage des prêtres, contre les cérémonies œcuméniques, contre les relations sexuelles avant le mariage et même «contre la capote». Autant de convictions qu'il professe avec un certain humour, admettant qu'elles peuvent être en porte-à-faux avec la pratique de ses concitoyens, jusque dans sa propre famille.

Pascal Couchepin réagit

Le conseiller fédéral Pascal Couchepin s'est déclaré, de son côté, très sceptique sur l'idée d'introduire une formation universitaire pour les imams de Suisse. «Qui choisirait les enseignants, qui veillerait à l'orthodoxie de l'enseignement, qui ferait autorité en cas de litige? Autant d'importantes questions à régler avant de créer une chaire d'enseignement de l'islam à l'université», a-t-il déclaré au SonntagsBlick. Le chef du Département fédéral de l'intérieur n'écarte pas, en revanche, la création d'écoles professionnelles pour former les personnes aptes à mener les services religieux, «mais les musulmans doivent choisir leurs enseignants et les financer eux-mêmes».