La nomination d'un nouveau préfet dans le district de Conthey, fief démocrate-chrétien du Valais central, suscite de très fortes tensions au sein du parti qui domine toujours et encore le Valais. Lui-même absolu PDC, le conseiller d'Etat Jean-René Fournier, chef du Département de la sécurité et des institutions, a voulu proposer un radical, le président de Conthey Claude Rapillard, à ce poste traditionnellement occupé par un représentant de son parti. Mais au dernier moment, soit en juin, les Contheysans sont intervenus et la décision gouvernementale a été suspendue.

Depuis plusieurs années, la nomination des préfets est un objet récurrent de dispute dans les cercles politiques du canton. Non pas tant en raison de l'importance du poste, mais à cause de l'éternel débat sur une répartition proportionnelle des forces politiques au sein des institutions, comme c'est par exemple le cas lorsqu'il s'agit de repourvoir un poste de juge au Tribunal cantonal.

A deux exceptions près, la totalité des 26 préfets et sous-préfets sont d'obédience démocrate-chrétienne et cette main mise est régulièrement dénoncée par les partis minoritaires. Même si un projet de révision constitutionnelle manifeste une volonté de changement, c'est actuellement toujours le Conseil d'Etat qui nomme les préfets, ses représentants dans les districts. Et comme la majorité du Conseil d'Etat a toujours été PDC depuis des lustres, elle a toujours nommé les siens.

Il y a deux ans, lors du choix du nouveau préfet de Martigny, le démocrate-chrétien Gérard Chappot, une promesse avait été faite: la prochaine fois, ce serait au tour d'un radical. Le préfet du district de Conthey, Roger Pitteloud, ayant discrètement démissionné durant les premiers mois de l'année, il a bien fallu le remplacer. Jean-René Fournier s'est alors approché d'un radical «bon teint», comme on aime à dire en Valais, afin de respecter la promesse faite. Mal lui en prit puisque sa proposition a suscité une impressionnante levée de boucliers.

Ce district à très forte densité démocrate-chrétienne avait largement soutenu le conseiller d'Etat dans son accession au pouvoir. C'est dire que ses représentants se sentent trahis. Le plus affecté d'entre eux est sans aucun doute le député Innocent Fontannaz, qui se sentait prédestiné pour reprendre le poste: «Quand j'ai appris, deux jours avant l'annonce officielle, (au mois de juin – ndlr.) qu'ils allaient nommer Claude Rapillard, j'ai mis le holà sur le plan politique. Jean-René Fournier dit qu'il faut jouer l'ouverture et présenter un radical. Fort bien. Mais dans un district où la majorité est à deux tiers démocrate-chrétienne, il fait fausse route.»

Très déçu, il ajoute: «Aujourd'hui, le poste ne m'intéresse plus car on n'a pas été correct. C'est le district de Conthey qui avait fait la différence lorsqu'il avait fallu choisir le conseiller d'Etat du Valais central. Avec cette nomination, il fera plaisir aux radicaux mais il se mettra à dos les démocrates-chrétiens.»

Le président du PDC du district de Conthey, Gilles Berthousoz, s'efforce d'être un peu moins virulent: «En l'état actuel, cette nomination a été suspendue et nous avons demandé un entretien avec Jean-René Fournier pour faire part de notre position.»

Celle-ci est claire: «Il y a un sous-préfet, le PDC Jacques-Louis Delaloye, à qui on ne peut rien reprocher, et il semblerait logique qu'il passe préfet». Selon ce scénario, le nouveau sous-préfet pourrait être d'un autre parti. Admettant aussi qu'il faut faire preuve d'ouverture, il estime que dans le cas présent «d'autres éléments doivent aussi être pris en compte».

Il semble que Jean-René Fournier a depuis pris ces éléments en compte: «Je n'ai rien proposé, déclare-t-il. Pour l'instant, il y a un sous-préfet qui fonctionne bien depuis une année et demi. Cela dit, l'ouverture aux radicaux, il faudra qu'on la réalise un jour, on ne peut pas se contenter de promesses, parler d'ouverture pendant quinze ans sans passer aux actes. Par ailleurs, le système de nomination des préfets va être changé à l'occasion de la révision en cours. Il n'y a dès lors pas urgence pour nommer un préfet à Conthey.»

Président du PDC du Valais romand, Eddy Duc ne cache pas que la situation est délica-

te: «Le district de Conthey a très mal reçu la proposition de Jean-René Fournier de nommer Claude Rapillard. Mais à titre personnel, je pars du principe qu'il faut être d'accord avec l'ouverture.»

Pour le président, cette volonté toujours différée dans son application pourrait se réaliser dans le district de Sierre, où le préfet Charles-André Monnier se retirera sans doute à la fin de l'année ou dans le courant de la suivante. Le Conseil d'Etat aurait ainsi la possibilité de renvoyer la nomination d'un représentant des radicaux dans un district où ce parti est davantage implanté que dans le district de Conthey.

Le principal intéressé, Claude Rapillard, qui s'est déjà engagé à ne plus se représenter à

la présidence de Conthey en décembre, reste très prudent sur la suite des événements: «On m'a demandé si j'étais intéressé par le poste. Tout dépend des conditions. D'accord pour l'ouverture, mais pas à n'importe quel prix. Je ne veux pas que ma candidature fasse seulement deux voix au Conseil d'Etat. Et on ne m'a donné aucune garantie.»

Et effectivement, à six mois des élections cantonales, il est trop tôt encore pour donner des garanties à qui que ce soit.