– Le Temps: Bernard Rappaz demande une interruption de peine de six mois pour cesser sa grève de la faim. Franchement, est-il en position de poser des conditions?

– Aba Neeman: Bernard Rappaz ne pose aucune condition. C’est une histoire abracadabrante. Je suis allé rendre visite à mon client jeudi dernier en lui expliquant que la cheffe du Département considérerait peut-être sa demande différemment s’il s’engageait à interrompre sa grève. Je lui ai conseillé de faire un pas. Il m’a dit qu’il voulait six mois. Une de ses amies l’a fait savoir à la presse. Franchement, je ne pensais pas en faire tout un plat. J’aimerais juste aboutir à quelque chose. Je vais déposer ce matin une demande d’interruption de peine semblable aux précédentes en y adjoignant sa proposition et en demandant que le Conseil d’Etat prenne acte du refus prononcé par les médecins du HUG de procéder à une alimentation forcée.

– Votre client tiendra-t-il ses engagements?

– On ne peut évidemment donner aucune garantie formelle dans ces cas-là. Mais je m’insurge contre ceux qui prétendent qu’il n’a pas tenu ses promesses jusqu’à présent. Lorsqu’il a dit qu’il s’engageait à stopper sa grève de la faim indépendamment du verdict du Grand Conseil qui a refusé son recours en grâce jeudi dernier, il avait spécifié «à condition d’obtenir une interruption de peine jusque-là», ce qu’il n’a pas obtenu.

– Pourquoi demande-t-il six mois?

– D’une part, pour récupérer. Le Tribunal fédéral a admis récemment qu’une bonne récupération nécessite une pause équivalent à deux fois la durée du jeûne. Accessoirement, il devra déménager puisque sa ferme a été vendue aux enchères. Bernard Rappaz doit également se préparer correctement pour son nouveau procès, vendredi prochain (ndlr, le 3 décembre devant le Tribunal de première instance de Martigny), si le procès a lieu…

– Cela paraît-il compromis?

– Il me semble qu’il n’est pas actuellement en état d’y participer. Au-delà de la question technique de savoir si on pourra l’emmener en ambulance au Tribunal, il n’a pas pu se préparer. Je n’ai pas pu éplucher les dossiers avec lui. J’envisage actuellement une demande de renvoi.