Le Temps: Une campagne qui a embrasé les champs, d’une violence de propos rare pour une votation. Comment expliquer un tel émoi?

Jérémie Forney: D’abord, par la taille de l’enjeu. Les deux initiatives touchaient un point névralgique de l’agriculture, demandaient une transformation profonde des systèmes de production. Mais surtout, parce que le registre employé de part et d’autre a poussé vers ce clivage. Les producteurs se sont sentis accusés d’être des empoisonneurs à cause de leurs pratiques, ils ont réagi comme les victimes et la cible principale des écologistes. Le débat anti-pesticides s’est transformé en un débat anti-agriculture, s’est focalisé sur l’idée du poison d’une part et l’accusation d’extrémisme de l’autre. Alors qu’on aurait pu avoir une réflexion de fond sur les aspects environnementaux et de la santé, sur la durabilité des pratiques agricoles, sur le rôle central de ces produits de synthèse dans notre système alimentaire et leurs effets.