Vaud 

Jessica Jaccoud: «L’Etat social doit se développer face au virage numérique»

La députée Jessica Jaccoud vise la présidence du Parti socialiste vaudois (PSV). Sa candidature, avalisée jeudi soir par sa section de Nyon, est à ce jour la seule en course

Jessica Jaccoud brigue la présidence du Parti socialiste vaudois (PSV). Lancée jeudi soir par sa section de Nyon, sa candidature est à ce stade la seule en jeu, le délai courant jusqu’au 23 mars. Agée de 34 ans, mère d’une fille de 16 ans, cette avocate siège au Grand Conseil depuis 2014 et occupe depuis deux ans la vice-présidence du parti. En cas de désignation par le congrès, en avril, elle succédera à Stéphane Montangero. La précédente présidente des socialistes vaudoises était Cesla Amarelle (2008-2012), aujourd’hui conseillère d’Etat.

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Le Temps: Que voulez-vous faire de cette présidence?

Jessica Jaccoud: Je souhaiterais incarner un parti qui donne une voix à celles et ceux qu’on n’entend pas, des personnes âgées avec de petites retraites aux jeunes qui peinent à se former en passant par les familles qui bouclent difficilement leurs fins de mois. Je souhaite que notre parti puisse encore se rapprocher des groupes de population qui nous étaient favorables et qui sont aujourd’hui désillusionnés vis-à-vis de la politique.

Peut-on faire autre chose à la tête du PSV que ce que veulent les fortes personnalités qui le représentent au Conseil d’Etat?

Nous sommes un parti d’idées, pas un parti de personnalités. Nos représentants au Conseil d’Etat sont une chance. Ils nous permettent d’incarner une gauche qui gouverne, qui propose et qui réalise. En tant que parti issu d’une gauche majoritaire, nous devons bien entendu soutenir l’action de notre gouvernement, mais nous avons également toute liberté pour faire vivre nos idées et nos combats. Notre parti s’est doté il y a un peu plus d’une année d’un programme fort de 105 mesures concrètes et nous avons bien l’intention de les porter sur la scène politique.

Si le canton de Vaud a un système social aussi fort aujourd’hui, c’est parce que nous avons su faire des compromis afin d’obtenir des majorités

Ces derniers mois, l’extrême gauche met le parti socialiste à l’épreuve en jouant le premier rôle sur les frais dentaires ou l’affaire Broulis. Comment voyez-vous cette concurrence?

Je ne partage pas votre analyse. Le PSV a été présent dès les premiers mois de la récolte de signatures pour l’initiative sur les soins dentaires et nous l’avons soutenue bec et ongles jusqu’au vote final. Nous avons également eu une position ferme dans l’affaire Broulis en demandant que le ministre joue la transparence, dès les premières révélations. Je vous rejoins néanmoins sur le fait que nos styles sont différents. Les partis issus de la gauche radicale se positionnent en dehors des institutions et optent souvent pour des communications coup-de-poing, manquant parfois de nuance. Nous revendiquons une action politique plus institutionnelle qui vise avant tout la concrétisation de résultats, par petits pas s’il le faut. Si le canton de Vaud a un système social aussi fort aujourd’hui, c’est parce que nous avons su faire des compromis afin d’obtenir des majorités.

L’initiative sur les frais dentaires a été perçue par la majorité des Vaudois comme le geste de trop après plusieurs renforcements de l’Etat social. Celui-ci peut-il être encore développé?

Le résultat de l’initiative démontre qu’une part non négligeable des Vaudois souhaite une meilleure prise en charge des soins dentaires. Le modèle actuel doit sans aucun doute être réformé, même les opposants l’ont admis. L’Etat social a un rôle essentiel à jouer dans un monde en constante évolution. Il devra inévitablement être développé. Le «virage numérique» est un bon exemple. D’un côté, certains citoyens et entreprises retirent de ces modifications sociétales et technologiques de grands avantages, notamment financiers. Mais de l’autre, de nombreuses activités destinées aux personnes faiblement à moyennement qualifiées disparaissent, étant exécutées par des machines. Face à ce constat, l’Etat doit protéger les plus faibles et renforcer le pacte social, notamment dans la formation continue des adultes et dans le retour à l’emploi des plus de 50 ans.

La division du Conseil d’Etat sur les frais dentaires ainsi que l’affaire Broulis secouent la politique vaudoise de compromis. Ce durcissement possible de la politique cantonale vous inquiète-t-il?

Oui, je suis très inquiète, car cette politique de «compromis dynamiques», pourtant plébiscitée par les Vaudois et Vaudoises lors des dernières élections, est mise à mal par une droite de plus en plus libérale et dogmatique. Notre canton est un modèle en matière économique et sociale. Ces acquis sont le résultat d’une action politique forte, dont le PSV a été un des grands artisans. Nous devrons être attentifs et combatifs afin d’éviter tout démantèlement des acquis.

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