La grêle. Depuis jeudi soir, tout le monde n’a plus que ce mot-là à la bouche. Elle est venue très vite, violemment, assombrissant d’un coup les cieux avec des rafales de vent à 130 km/h et des températures qui ont chuté de 10 degrés en quelques minutes. Les orages ont éclaté en fin d’après-midi jusqu’en début de soirée, mettant un terme à une canicule de trois à quatre jours. «Si un phénomène d’une telle ampleur n’est pas rarissime en été» – le solstice vient de se produire –, «il nécessite tout de même la réalisation simultanée de plusieurs conditions, d’instabilité et de dynamisme atmosphérique», notamment, selon les explications fournies par MétéoSuisse sur cet événement spectaculaire, qui a marqué les consciences.

«Le ciel de l’Ouest lémanique s’est couvert de nuages noirs peu avenants», décrit L’Express de Neuchâtel. «A 16h15, c’était le chaos. Durant dix bonnes minutes, un déluge de grêle s’est abattu sur La Côte. De Mies à Nyon, en passant par Saint-Cergue, Coppet ou Crans, les éléments se sont déchaînés. Les grêlons, de la taille d’un œuf de caille voire d’une balle de ping-pong selon les endroits, ont notamment provoqué des bris de vitres et des dégâts de carrosserie importants sur de nombreux véhicules. Il faut dire que la durée de l’averse était conséquente. Des vitres d’habitations ainsi que de nombreuses tuiles ont aussi été détruites.»

Cocktail explosif

«Le cocktail météorologique était explosif», confirme La Liberté de Fribourg. «L’orage n’a pas duré longtemps, dix à quinze minutes au maximum. A Saint-Aubin, les coups de vent étaient impressionnants. Les gros grêlons faisaient un sacré bruit sur les carrosseries, tu n’étais pas tranquille dans la bagnole», témoigne un automobiliste broyard qui s’est retrouvé pris au milieu de la tempête. «Un bouleau arraché à Portalban, des voiles de bateau déchirées, des arbres en travers de la route à Cudrefin, un garage inondé à Grandcour, de la grêle à Gletterens…»

Au bout du Léman, «des agriculteurs ont perdu tout leur travail: cultures dévastées» et plongeon immédiat «dans la paperasserie pour entamer les démarches auprès des assurances», explique la Tribune de Genève, qui consacre deux pleines pages à la tempête. «Infernal!» a-t-elle simplement dit: «C’est le mot d’une maman de Carouge dont le parapluie s’est cassé net, tandis que les rues plongées dans le noir se vidaient soudain de leurs badauds et que les autos s’arrêtaient: «J’allais chercher ma fille à l’école […], j’ai cru à la fin du monde.»

Des pertes à 100%

Sur La Côte vaudoise, les dégâts sont très importants. Le syndic de Duillier s’est exprimé à ce sujet dans le Forum radiophonique de RTS Info – qui a aussi compilé quelques images apocalyptiques de ses internautes – et dans 24 heures, résigné mais vraiment impressionné tout de même: «Pour mes vignes et mes arbres fruitiers, tout est perdu à 100%. C’est une immense catastrophe. Même les arbres protégés par des filets ont été ravagés. Je n’ai pas souvenir d’une grêlée d’une telle intensité.» D’ailleurs, les vidéos des «lecteurs-reporters» – comme on les appelle maintenant – de 20 minutes en témoignent.

Le caricaturiste Burki, lui, tente de dédramatiser en montrant un vigneron vaudois sous un parapluie, un verre de whisky à la main dans lequel tombent les glaçons du ciel… Alors que La Côte publie une petite centaine de photographies qui sont autant de scènes de désolation: arbres à terre, catamarans envolés qui ont atterri sur les terrasses des ports, fruits déchiquetés… Routes, voies ferrées, partout, partout, la pagaille, les trains en retard, les voitures stoppées net, avec leurs passagers claquemurés à l’intérieur de l’habitacle, tétanisés.

Bienne martyrisée

«LE DÉLUGE»: ce gros titre en lettres capitales barre la une du Matin, qui remplit cinq pages de photographies cataclysmiques et n’oublie pas de mentionner que la grêle a aussi touché la Suisse alémanique et martyrisé les gymnastes présents ces jours-ci à Bienne pour la Fête fédérale, faisant 39 blessés dont 6 graves (tête et dos) à la suite de l’effondrement d’une tente. Quant au Blick, il parle de «Horror-Sturm» et de sportifs qui couraient dans tous les sens «pour sauver leur vie» après avoir déjà essuyé un méchant coup de joran jeudi dernier.

«Plus de 100 membres de la police cantonale bernoise, de l’armée, de la protection civile, du Care Team du canton de Berne ainsi que divers corps de sapeurs-pompiers et sept ambulances ont été engagés» sur les lieux, détaille le Journal du Jura. Ils ont été soutenus «par des volontaires possédant des connaissances médicales. La Rega, qui dans un premier temps ne pouvait pas voler en raison des conditions météorologiques, a héliporté plus tard plusieurs blessés» dans des centres hospitaliers. Le Bieler Tagblatt raconte cette soirée minute par minute.

La stupéfaction

Les journaux de l’Arc jurassien ne sont pas en reste, qui parlent de «ravage», comme dans L’Impartial, ou d’«orage dramatique», comme dans Le Quotidien jurassien. «Menaçant, le mur noir avançait à une vitesse constante. Quand la nuit finit par recouvrir un moment le Littoral neuchâtelois, ses habitants se demandèrent […] ce qui allait advenir. Leur attente fut de courte durée. Pluie battante et grêlons géants n’attendirent pas pour s’abattre dans le paysage, engendrant dégâts, inondations et surtout stupéfaction.»

L’orage «a eu des conséquences catastrophiques sur le vignoble neuchâtelois», estime RTN. D’après la station viticole cantonale, les vignes sont quasiment détruites, de La Béroche jusqu’au Landeron. «Les intempéries sont d’une ampleur jamais vue, la récolte de raisin s’annonce microscopique voire nulle. Selon la station viticole cantonale, «le coût économique et social va être très très lourd».

«Plus que les yeux pour pleurer»

La France a aussi été durement touchée, comme le décrivent notamment Le Républicain lorrain ou L’Est-Eclair. Les pompiers des deux Savoies ont été «débordés», lit-on sur le site France 3. Et «la grêle a semé la désolation dans la vallée de la Lupte», raconte La Dépêche du Midi: «Regardez, il n’y a plus un grain dans les épis de blé. Comme les assurances contre la grêle sont trop chères, on n’a plus que les yeux pour pleurer», y dit un jeune agriculteur. «A quelques encablures, Damien Calvet a énormément de casse dans ses vergers de pruniers et de cerisiers. Il craint aussi les dégâts dits de fond. «Les filets ont plié sous le poids de la grêle. Au-delà des fruits qui sont perdus, j’ai très peur aussi pour les arbres, car ils auront sans aucun doute beaucoup souffert des impacts.»