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Le jeudi noir de Pierre Maudet

Une levée d’immunité, deux résolutions liées à son affaire et une discussion au sein du comité réunissant d’autres ministres cantonaux de Justice et Police. Une fin de semaine chargée pour le conseiller d’Etat en difficulté

Ce 20 septembre, Pierre Maudet va entrer dans l’histoire du canton. D’une manière qu’il n’aurait certainement pas souhaitée et que personne n’aurait imaginée il y a seulement quelques mois. De mémoire de spécialiste, il devient le premier conseiller d’Etat à voir son immunité débattue et très vraisemblablement levée pour les besoins d’une enquête pénale. La séance du Grand Conseil sera également marquée par le dépôt de deux résolutions en lien avec cette affaire. Quant au principal intéressé, il sera loin mais pas à l’abri des tourments. Au même moment, à Zoug, le ministre devra affronter ses collègues romands et alémaniques qui l’avaient nommé à la présidence de leur Conférence.

Fébrilité parlementaire

L’agitation politique ne faiblit pas. Depuis le début de la semaine, les partis de gauche hésitent à déposer une résolution réclamant la démission du conseiller d’Etat. Un premier tour de piste les a plutôt refroidis car la formulation jusqu’au boutiste et le timing n’ont visiblement pas rallié une majorité susceptible de sortir de la logique des blocs afin d’envoyer au ministre en difficulté un message de défiance émanant du Grand Conseil en tant qu’institution.

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Thomas Bläsi, chef du groupe UDC, explique ses réserves: «Il ne s’agit pas de soutenir Pierre Maudet mais la démission est une décision qui lui appartient. La Constitution n’a pas prévu de nous donner un pouvoir de destitution et il faut respecter cela.» Au MCG, Ana Roch fait durer le suspense «pour éviter les pressions», mais tout le monde a déjà compris que ce serait plutôt non sur un texte par trop agressif. Le PDC, via Bertrand Buchs, se positionne aussi contre un appel trop direct à la démission, tout en précisant que «la situation actuelle ne peut pas durer longtemps».

Nouvelle mouture

Oublier ou reformuler? Ensemble à gauche, bien décidé à maintenir la pression symbolique, a finalement concocté ce mercredi une nouvelle mouture intitulée: «Pierre Maudet ne peut plus être membre du Conseil d’Etat et doit en tirer les conséquences immédiatement.» Une autre manière de dire que la confiance est rompue. La députée Jocelyne Haller précise: «Le texte de la résolution se base sur un constat. A savoir que le conseiller d’Etat n’a pas respecté les devoirs de sa fonction et qu’il a essayé de dissimuler les faits. Nous l’appelons à prendre ses responsabilités et à trouver la seule issue acceptable.»

La version adoucie ne suffira visiblement pas à ratisser large, ni même à convaincre les partis amis de suivre sur ce terrain. Le socialiste Thomas Wenger persiste à penser que «seule une résolution institutionnelle signée par une large majorité du parlement mérite d’être déposée». A défaut, son groupe ne paraphera, ni ne soutiendra de texte. Quant au Vert Mathias Buschbeck, il parvient désormais à la conclusion que «c’est au PLR de prendre ses responsabilités et au magistrat de démissionner».

Valider la réorganisation

Dans ces conditions, le traitement de la résolution (l’ajout, la discussion immédiate et l’urgence doivent encore être votés pour espérer un débat vendredi) semble bien compromis. Cela n’empêchera pas le parlement de débattre de «l’affaire Maudet» via une autre résolution: celle déposée par le Conseil d’Etat pour faire valider la nouvelle réorganisation qui retire au ministre la présidence, la police et le dossier de l’aéroport.

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Ces nouvelles mesures ne seront pas combattues. Même par le PLR, qui voit son magistrat dépouillé de l’essentiel. Le parti de Pierre Maudet veut surtout calmer le jeu et tout mettre en œuvre pour passer à autre chose. «Cette décision de réorganisation appartient au gouvernement et nous entendons lui renouveler notre confiance», souligne Cyril Aellen, chef de groupe.

L’enjeu national

A environ 300 kilomètres de l’agitation genevoise, Pierre Maudet devra faire face à une autre échéance compliquée. Elu à la présidence de la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police (CCDJP) – c’était le 12 avril dernier –, il doit rejoindre les sept autres membres du comité pour une séance de deux jours à Zoug.

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Ces retrouvailles se font dans un contexte très particulier. Le ministre genevois doit être mis en prévention pour acceptation d’un avantage et il a déjà admis avoir caché une bonne partie de la vérité sur son voyage à Abu Dhabi. Sur le plan institutionnel, il est encore à la tête du Département de la sécurité mais sans la tutelle de la police et sans les relations avec le Pouvoir judiciaire.

Dans ces conditions, Pierre Maudet peut-il demeurer président ou même continuer à représenter le canton au sein de cette instance nationale, sachant qu’il est aussi membre de sa commission permanente des affaires juridiques pénales? Une sobre invitation aux médias, transmise mercredi par la CCDJP, annonce que le comité s’entretiendra également avec le conseiller d’Etat «au sujet de la procédure pénale ouverte à son encontre dans le canton de Genève». Les résultats de cette discussion feront l’objet d’un point presse le vendredi. Dure fin de semaine.

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