Incompréhensible et stupide. Pour le Tribunal de police de Genève, le drame qui a coûté la vie au jeune Thomas n’aurait jamais dû se produire. Max*, celui qui avait joué avec ce fusil d’assaut pour épater son copain d’enfance et pressé la détente sans rien vérifier, est condamné à une peine de dix-huit mois de prison avec sursis. Felipe*, le propriétaire de l’arme qui avait accroché cet engin chargé au mur de sa chambre, a pris un énorme risque et aurait pu prévoir le danger. Il écope de 360 jours-amendes avec sursis.

L’ambiance était toujours aussi lourde vendredi à la lecture du verdict. Le tribunal, présidé par Stéphane Zen-Ruffinen, a rappelé les faits dramatiques de ce 2 août 2015. Max et Thomas s’étaient retrouvés chez un copain qui partageait son appartement avec Felipe. Ce dernier était parti en vacances mais avait laissé son fusil d’assaut, magasin rempli de munitions, accroché sur le mur. Max a pris l’arme, effectué un mouvement de charge. Thomas a levé les bras pour rigoler. Son ami a pressé la détente et le coup est parti. Touchée au thorax, la victime est décédée sur place.

Rapport de causalité

La décision souligne que Max, qui avait fait son service militaire, a violé les règles de prudence consistant à toujours considérer une arme comme chargée, à ne jamais pointer sur une cible que l’on ne veut pas toucher et à obligatoirement faire un contrôle personnel de sécurité. Contrairement aux doutes exprimés par le Ministère public, le tribunal estime que Felipe doit lui aussi être reconnu coupable d’homicide par négligence en plus des infractions au code pénal militaire ayant trait au vol de munitions, au chargement et à l’entreposage de l’arme.

En laissant ce fusil chargé dans la chambre d’un appartement habité par un autre jeune homme, Felipe ne pouvait partir du principe que personne n’allait entrer et prendre l’arme. Il a créé une situation de risque et il aurait pu prévoir, dans les grandes lignes, la survenance des événements. Ainsi, il n’était nullement extravagant de penser que des copains de son colocataire puissent être attirés par l’engin, relève le tribunal. La causalité entre son imprudence et le drame est donc établie.

Fierté mal exprimée

Pour fixer la peine, le tribunal a tenu compte des regrets sincères et de l’énorme douleur éprouvée par Max. La faute de Felipe, qui n’a pas déclenché le coup de feu fatal, a été considérée comme moins intense. Cela étant, le verdict relève que ce dernier avait d’autres et meilleurs moyens d’afficher sa fierté d’avoir réussi son service que d’accrocher ainsi son fusil militaire. «Cette fierté aurait plutôt dû le conduire à respecter les règles.» Tous deux sont enfin condamnés à payer solidairement 20 000 francs de tort moral à chacun des parents inconsolables de Thomas.

*Prénoms fictifs

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