«C'est moins difficile de retenir les Jurassiens que de faire venir de nouveaux habitants.» Fort de ce précepte, le ministre Jean-François Roth, patron du programme «Pays ouvert» dont l'ambition consiste à accroître la population du Jura de 69 000 à 80 000 habitants d'ici à 2020, a décidé d'aller à la rencontre du public cible des émigrants: les étudiants. Le Jura ne disposant pas de hautes écoles, sa jeune élite émigre. Au départ, le temps de la formation. Puis, souvent, de manière définitive. Les jeunes Jurassiens prennent goût à la vie urbaine et estiment que leurs chances d'épanouissement professionnel y sont plus grandes.

Accompagné de la ministre de l'Education, Anita Rion, Jean-François Roth visite les écoles moyennes jurassiennes. Il était au lycée de Porrentruy vendredi, où il a demandé aux élèves d'exprimer ce qui les attache à leur région et ce qui pourrait les dissuader de revenir une fois leur formation terminée. Les réponses sont conformistes: les élèves sont liés au Jura par leurs familles, leurs amis, sa convivialité, sa tranquillité et la qualité de son environnement. Ce qui les rebute: son isolement, «son image de pays de paysans» a dit un lycéen, ses impôts et, surtout, des débouchés professionnels trop limités.

S'ils proposent, comme leurs aînés, de diminuer la fiscalité, de développer les soutiens à la famille, les infrastructures culturelles, les transports ou l'image du canton, et s'ils préconisent des «primes à l'initiative» pour ceux qui souhaitent créer leur entreprise, les jeunes ne semblent guère croire au projet «Pays ouvert». «80 000 habitants en 2020, est-ce réaliste», a demandé une élève? Un peu comme si les enfants et les petits-enfants de ceux qui ont créé le canton en 1979 n'avaient plus confiance en leur région. «Le dynamisme de la période de l'indépendance a disparu», a lancé un lycéen, traduisant le fatalisme ambiant.

Pas démoralisé pour autant, Jean-François Roth a noté deux idées originales: l'une consiste à faire du Jura un pôle d'activités industrielles pointues et d'y développer des centres de recherche, l'autre à «garder nos campagnes et développer nos villes», selon l'expression d'une élève, afin d'assouvir les besoins en animation exprimés par la jeunesse. Le ministre a encore précisé qu'il ne suffirait pas de retenir quelques jeunes pour atteindre l'objectif, mais «que nous aurons besoin d'immigration, proche ou lointaine. Je rêve d'une société multiculturelle, et pour cela, je parie sur l'ouverture des Jurassiens».

La prochaine échéance du programme «Pays ouvert» aura lieu en été, avec l'élaboration du paquet de mesures susceptibles d'accroître l'attractivité du Jura. «Un casse-tête chinois», selon le ministre.