Ont-ils vraiment l’air «jeune»? Depuis dimanche, la Fédération suisse des parlements de jeunes (FSPJ) provoque le ramdam avec sa nouvelle campagne de sensibilisation. Elle fait circuler par tous les canaux des images des sept conseillers fédéraux ramenés à leur jeunesse. L’action est d’ailleurs baptisée «rajeunis la politique suisse»; le but, indiquent les responsables de la FSPJ, est de «rendre les jeunes attentifs au fait que la politique peut sans problème être jeune et qu’elle n’est pas réservée au monde des adultes». La campagne a été conçue par l’agence Ruf Lanz. La Fédération précise encore que «les sept conseillers fédéraux ont été habillés avec de surprenantes tenues – relookés à l’image de jeunes typiques d’aujourd’hui. Les parlements des jeunes étant ouverts à toutes et à tous, c’est délibérément qu’un large choix de styles jeunes a été réalisé: de l’alternatif au hipster en passant par le style gangsta ou encore emo.»

Peut-être cette démarche amènera-t-elle quelques jeunes à s’intéresser aux affaires publiques. Mais aussi, elle passionnera sans doute ceux qui s’intéressent à la représentation que les jeunes ont d’eux-mêmes. Si une Doris Leuthard à dreadlocks ou un Alain Berset façon bonnet et casque (même pas Beats) peuvent encore convaincre, les autres variations retenues laissent songeur: Eveline Widmer-Schlumpf en néo-gothique qui pourrait être échappée de «True Blood», mais avec du rose, Johann Schneider-Ammann type intello benêt, Ueli Maurer à la manière d’un rappeur doré d’il y a 10 ans, ou Simonetta Sommaruga comme poupée venue d’un soap opéra brésilien… Le comble étant atteint avec un Didier Burkhalter moustachu, genre de Sean Penn qui aurait cumulé les insomnies.

Il y a de quoi se frotter les yeux. Les jeunes que l’on croise dans la rue ressemblent-ils vraiment à ça? Au terme de sa conférence de dimanche, la FSPJ l’a répété dans sa communication: l’agence qu’elle a mandatée a cristallisé des «jeunes typiques». Soit. Au moins, durant leur assemblée, les jeunes militants ont-ils obtenu de Didier Burkhalter, le vrai, sans moustache, l’assurance qu’il est lui-même partisan du vote à 16 ans. Si cela advient, il faudra encore rajeunir les rajeunis.