La polémique sur les sans-papiers s’enflamme au bout du Léman. Jeudi, la Jeunesse socialiste genevoise réclamait la démission du magistrat radical Pierre Maudet de son poste de président de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse, «pour motif d’incohérence grave entre ses propos tenus dans la presse et les buts de la commission». L’édile s’est opposé à la création par la Ville de Genève de places d’apprentissage pour les clandestins. Une proposition qui suivait celle de Lausanne. Le même jour, la gauche et les syndicats s’en sont pris à un autre radical, le ministre de l’Emploi, François Longchamp, qui a menacé la municipalité de sanctions au cas où elle exécuterait son projet (LT du 8.03.2010). La situation sur le terrain, assurent-ils chiffres à l’appui, est réellement critique.

«Entre 30 et 50 cas problématiques»

«Nous comptons à Genève 30 à 50 cas de jeunes qui restent sur le carreau chaque année. Le canton de Vaud en a annoncé une petite centaine», affirme Thierry Horner, du Syndicat interprofessionnel detravailleuses et travailleurs (SIT). Des adolescents qui ont terminé leur scolarité obligatoire, mais n’ont pas accès à la formation professionnelle duale (en entreprise et en école), faute de permis. C’est pour aider ces jeunes que le parlement fédéral vient d’adopter deux motions réclamant qu’ils aient accès à l’apprentissage (LT du 4.03.2010).

Si, sur le principe, tous les partis gouvernementaux genevois soutiennent la démarche, des nuances se font entendre sur l’analyse de la situation. Pour François Longchamp, des solutions au cas par cas sont trouvées pour les «quelques dizaines» de jeunes en quête d’un apprentissage. Lorsque le dossier est solide, le canton fait une demande de permis humanitaire à l’Office fédéral des migrations (ODM) «et nous l’obtenons», selon le ministre. Qui assurait au Temps ne connaître aucun cas de refus «pour des dossiers solides».

«C’est faux!» s’emporte Vera Figurek, élue de SolidaritéS, en citant les chiffres du SIT. «Les populistes et François Longchamp nous vendent des solutions au cas par cas, mais les critères sont si restrictifs que ce n’est pas satisfaisant», ajoute le syndicaliste Thierry Horner. Ce dernier a recensé à Genève, depuis 2001, 1063 demandes de permis: parmi les 789 qui ont été accordés, «la majorité sont des enfants, des adolescents ou des gens en situation de séjour de longue durée». Le syndicaliste affirme que tous les dossiers ne sont pas acceptés, et que chaque cas «prend du temps, parfois des années pendant lesquelles les jeunes n’ont pas accès à la formation».

Régularisation collective

La solution ne peut passer que par la régularisation collective, selon la gauche et les syndicats. «Sinon, leurs certificats fédéraux de capacité ne seront pas reconnus.» Au PS, l’élu Grégoire Carasso appelle la Ville de Genève «à franchir le pas suivant en engageant le premier jeune en apprentissage sans statut légal».

Le SIT donne également la statistique de l’ODM, suite à l’édiction de la circulaire dite Metzler, qui fixait des critères pour la régularisation au cas par cas: «De son entrée en vigueur en septembre 2001 au 31 décembre 2008, 1980 demandes ont été déposées, 1212 ont bénéficié de ces cas de rigueur», détaill­e Thierry Horner. Sur l’ensemble des demandes, 1063 émanaient du canton de Genève.

Défendus par le SIT, deux jeunes ont accepté de raconter au Temps comment ils vivent leur quotidien: en fin d’apprentissage mais sans papiers pour Tatiana, à la recherche d’une place après avoir enfin décroché le permis pour Kimo.