Initiative

Les jeunes visages de droite de «No Billag»

La redevance obligatoire ne séduit plus chez les jeunes politiciens bourgeois, habitués à la consommation à la demande. Tour d’horizon non exhaustif de ceux qui animeront la campagne en faveur de «No Billag»

Ils sont jeunes, de droite et soutiennent «No Billag». Lancée conjointement par les jeunesses PLR et UDC en 2014, l’initiative qui vise à interdire toute subvention étatique de chaîne de radio ou de télévision en Suisse rassemble une génération de politiciens qui ne se retrouve pas dans le paiement annuel d’une redevance.

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Jugée «obsolète» ou «dépassée», la taxe ne convainc plus chez ceux qui, de manière presque unanime, sont abonnés à Netflix. A cent jours de l’échéance, ils affûtent leurs arguments pour convaincre de voter «David contre Goliath» et espèrent voir les jeunes se déplacer aux urnes.

«Les jeunes seront plus concernés par "No Billag" que par leur prévoyance vieillesse»

Louise Morand a 20 ans. Vice-présidente des Jeunes libéraux-radicaux (JLR) genevois, elle est également présidente du comité de campagne «No Billag» dans son canton. Dans sa colocation, ni télévision ni radio. Pour s’informer, l’étudiante en droit lit surtout les journaux en ligne, «plus pratiques à consulter en cours que des vidéos». L’absentéisme politique de ses cogénérationnaires ne lui échappe pas, cependant «l’initiative est lancée par des jeunes, ils en parleront davantage. De plus, les nouvelles générations se sentiront certainement plus concernées si on leur parle de médias plutôt que de leur prévoyance vieillesse.»

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Président des Jeunes UDC Vaud, Yohan Ziehli, 24 ans, partage cet espoir: «Il suffit d’avoir une coloc et on remarque la facture qui tombe! On peut faire le pari que les jeunes iront plus voter que d’habitude.» Celui qui s’était fait remarquer en début d’année pour avoir distribué des tracts politiques en uniforme militaire est parvenu à convaincre son parti cantonal de soutenir «No Billag» contre l’avis des cadres élus à Berne. Il compare la coûteuse redevance à «une treizième prime maladie», dont le prix excessif légitime la suppression: «Chaque citoyen doit être libre de gérer son argent comme il le désire et payer pour ce qu’il consomme exclusivement.»

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«Le programme défile toute la journée sans que personne ne le regarde»

Même son de cloche en Valais, où Matthieu Couturier, 24 ans, sera responsable de la campagne cantonale à venir. Le membre des JLR valaisans cite Netflix en exemple et juge la redevance «obsolète». Il avoue regarder des programmes de la RTS, «en replay» et serait «le premier à continuer d'y regarder des contenus sans redevance». Le système actuel de chaînes de télévision qui «défilent toute la journée avec un programme que personne regarde» ne trouve aucune grâce à ses yeux. Optimiste, il juge que la participation des jeunes «pourrait surprendre».

Pour mener campagne, ces jeunes politiciens francophones seront chapeautés par Nicolas Jutzet, 22 ans, président du comité de campagne «No Billag» pour la Suisse romande. Le vice-président des JLR neuchâtelois est bilingue français-suisse allemand, étudie à Saint-Gall et lit six journaux par jour. La SSR fait du bon travail, concède-t-il, «sans que ce soit une raison pour conserver la redevance». Il reconnaît un «fort aspect générationnel» à l’initiative et cite en exemple les «plus de 60 ans d’âge moyen des téléspectateurs du 19h30». Il faudra toutefois également convaincre ces aînés puisque, moins positif que ses collègues, il rappelle que les jeunes vivent chez leurs parents jusqu’à un âge avancé et ne sont souvent que peu concernés par la redevance.

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«TeleZüri fonctionne très bien sans redevance»

En Suisse alémanique, la fronde sera notamment portée par Markus Horst, UDC bernois de 28 ans, coprésident du comité d’initiative suisse. Pour cet amateur de yodel, remporter cette votation c’est «David contre Goliath»: «Nous avons un faible budget, il faudra compter sur les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille pour parvenir à arracher une victoire.» Les chances de l’emporter sont à «50-50», estime le Bernois, qui ne lit que les journaux en ligne et regarde ses films sur Netflix, bien entendu. «Liberté doit être rendue aux citoyens de choisir ce qu’ils consomment», martèle-t-il.

Ce dernier pourra compter sur le président suisse des jeunesses du premier parti du pays, l’UDC Benjamin Fischer, 26 ans. Etudiant en économie, le Zurichois se défend de mener une chasse au service public: «No Billag» n’est pas «No SSR». Nous disons non à sa formule actuelle mais la chaîne peut survivre en cas de victoire de l’initiative.» Actif en politique depuis plus de dix ans, il prend en exemple sa télévision régionale, TeleZüri, qui fait partie des rares stations à ne pas bénéficier de la redevance: «Regardez tout ce qu’ils arrivent à faire sans aide de l’Etat! Ça fonctionne très bien comme ça.»

Dossier
La controverse «No Billag»

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