Un vent de référendum aura soufflé pendant une semaine sur le littoral neuchâtelois. Il tombe le 7 juillet en fin d’après-midi. A quelques mois des élections communales du 25 octobre, le PLR de la ville de Neuchâtel ne combattra finalement pas le réaménagement des emblématiques Jeunes-Rives, hôtes d’Expo.02 et du Festi’neuch chaque année, dans les urnes. Mais le parti de droite est amer. En cause: la condamnation du parking de 300 places au 1er janvier 2025.

Conseil général du 29 juin. Quatre heures durant et entre deux interruptions de séance, les élus débattent d’un crédit de 16,8 millions pour la réalisation de la première phase du projet, côté lac, entre les étés 2021 et 2023. En bref: un nouveau restaurant «populaire, les pieds dans l’eau», un café-bain doté d’un sauna, deux grandes plages, une nouvelle place de jeu et des pelouses ombragées. Exit l’austère place du 12-Septembre, qui avait accueilli le Palais de l’équilibre durant Expo.02, immense sphère de bois aujourd’hui visible au CERN à Genève.

Le parc à voitures de 300 places, apprécié des automobilistes pour son emplacement et son coût bas, doit disparaître au profit d’un parc verdoyant de 7 hectares au total. Mais seulement lors de la seconde étape du réaménagement, qui prévoit également la création d’un emplacement équipé pour accueillir les manifestations.

La crainte du terrain vague

Au cours des débats, le Conseil général (législatif), à majorité de gauche, accepte un amendement du groupe PopVertSol, soutenu par les socialistes, qui met le feu aux poudres: quoi qu’il advienne, le parking à ciel ouvert disparaîtra au 1er janvier 2025. «La gauche a détruit au bulldozer le gentlemen’s agreement né des démarches participatives, tempête Jérôme Bueche, président du groupe PLR. Nous craignons que les cases perdues ne soient pas compensées avant la disparition du parking, comme convenu à l’origine, et qu’un terrain vague le remplace dès janvier 2025.»

«Le Conseil communal s’est toujours engagé et s’engage encore à trouver des solutions pour compenser cette fermeture et à présenter un concept au Conseil général dans deux ou trois ans, souligne Christine Gaillard, conseillère communale verte chargée de l’urbanisme. Concrètement, cet amendement ne change pas le programme présenté par le Conseil communal.»

Menace d’un référendum

Dans son communiqué du 7 juillet, le PLR avertit toutefois: il «sera prêt, s’il le faut, à lancer un référendum ultérieurement, contre la phase 2 du projet». Devisée à 9,8 millions, celle-ci devra recevoir l’aval du Conseil général lors de la prochaine législature. Coût total de la refonte: 29,3 millions, en comptant les coûts de construction du restaurant et du café-bain. Le délai référendaire pour la première moitié des travaux court jusqu’au 24 août.

En saucissonnant le projet, l’exécutif se donne le temps de trouver des plans B pour les pendulaires usagers de la route, entre autres, et est en passe d’éviter l’écueil de 2003. Date du dernier plan de remodelage refusé par le peuple. La question du stationnement avait alors pesé lourd dans la balance.

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1960, début de l’intrigue

L’histoire des Jeunes-Rives est une véritable saga. Plus d’un conseiller communal s’y est cassé les dents. «Lorsque j’ai repris le dicastère de l’urbanisme en 2018, on m’a dit que c’était suicidaire», se souvient Christine Gaillard. Mais l’intrigue prend sa source bien avant. En 1960. «La deuxième correction des eaux du Jura doit alors permettre au lac de Bienne de résister en cas de crue de l’Aar, raconte Olivier Girardbille, archiviste de la ville. Comme au XIXe lors de la création du quartier des Beaux-Arts, elle autorise Neuchâtel à gagner du terrain sur le lac. L’emplacement des Jeunes-Rives est le dernier où c’est encore possible.»

Avant la fin du remblaiement en 1970, déjà un premier référendum: la population rejette en 1968 la création d’une zone de délassement, d’un parking et d’un centre commercial. Une station d’épuration et un terrain vague s’installent. La Confédération imagine un temps y faire passer l’autoroute, puis renonce. La N5 plongera sous la ville.

La voie est libre. Port de plaisance et sa place du 12-Septembre, espaces verts, promenade arborisée, 500 places de stationnement, aire d’extension pour l’école de commerce et l’université et zone sportive: le Conseil général dit oui en 1978. Une initiative demande la création d’une véritable zone verte en 1979. Refusée. Les derniers éléments sont inaugurés en 1990, vingt ans après la fin du remblaiement. Plus rien ne bouge jusqu’à la venue de l’exposition nationale. Elle agira comme un détonateur.

Naissance d’un espace culturel

«Durant Expo.02, les Jeunes-Rives passent du statut de promenade agréable à un lieu que les populations de la ville, du canton et au-delà s’approprient», analyse Fabien Coquillat, architecte-urbaniste de la ville. «L’exposition nationale leur donne une véritable identité, souligne Alexandre Steiner, auteur d’un mémoire de maîtrise universitaire sur le sujet, aujourd'hui journaliste au Temps. La manifestation a aussi mis en lumière la capacité des Jeunes-Rives à accueillir des événements culturels. Avec Expo.02, les autorités réalisent qu’elles peuvent en faire un site de qualité bien supérieure.» Mais depuis l’échec de 2003 dans les urnes, seules des installations provisoires occupent l’espace.

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En 2010, les résultats du concours d’architecture européen Europan 10 redonne des ailes au Conseil communal. «Ring», le projet lauréat du bureau neuchâtelois Frundgallina, sert de base aux démarches participatives lancées en 2014 et au plan de réaménagement actuel. Pour lequel le Conseil général débloque un crédit d’études de 1,5 million en 2017.

Entre-temps, en 2012, quatre Neuchâtelois avaient proposé la construction de la «Swiss Watch Arena», bâtiment en forme de montre géante, pour abriter, entre autres, un musée dédié au temps, une salle de congrès, un hôtel et un parking souterrain. Refus du Conseil communal.

Pour Fabien Coquillat, les futures Jeunes-Rives répondront aux besoins d’une nouvelle époque. «Par rapport aux années 1970, la ville s’est densifiée. La force de ce nouveau parc, très grand et unitaire, est d’amener une forme d’équilibre face à cette densification. C’était devenu un manque.»