Les joueurs le savent bien. Fribourg est déjà le paradis romand du bandit manchot. Le Grand Conseil a renforcé un peu plus cette image hier matin. Emmenés par les radicaux, les démocrates du centre et une minorité des démocrates-chrétiens, les députés fribourgeois ont décidé de justesse d'autoriser des mises jusqu'à 5 francs et des gains illimités pour les machines à sous.

Mais cette nouvelle libéralisation du secteur n'a été approuvée en première lecture que par 56 voix contre 55 et une abstention. Les jeux ne sont donc pas faits. La question de la suppression de la clause du besoin ainsi que l'augmentation du nombre de machines autorisées par salon de jeu sont discutées aujourd'hui.

La peur d'une explosion du jeu pathologique et de ses conséquences financières et sociales a largement été évoquée par les opposants à la libéralisation. Malgré des interventions appuyées, le ministre Claude Grandjean, ainsi que les députés Solange Berset (PS), Christine Schneuwly (PDC) et François Weissbaum (Ouverture) n'ont pourtant pas réussi à convaincre une majorité de leurs pairs.

La droite libérale-radicale, emmenée par sa Dame de fer, Claudia Cotting (PRD), n'a cessé de réclamer un traitement égalitaire pour les jeux de hasard, qui dépendent d'une législation fédérale et autorisent, eux, des mises à 5 francs, et pour les jeux d'adresse, qui relèvent du droit cantonal. L'ombre du Tactilo de la Loterie romande (LoRo), qui dépend d'une autorisation de la Confédération, a ainsi plané sur le débat.

Mais cette nouvelle libéralisation, si elle est confirmée en deuxième et en troisième lecture, pourrait avoir un impact sur les relations qu'entretient Fribourg avec ses voisins. Contrairement aux autres cantons romands, qui interdisent les machines à sous dans les cafés, Fribourg applique déjà une politique très libérale. 1691 appareils sont ainsi répartis sur tout le canton.

La LoRo subit donc la concurrence directe des bandits manchots privés. Cette situation permet à Fribourg de bénéficier de la solidarité intercantonale dans la répartition du bénéfice de la LoRo. En cas d'une libéralisation plus poussée décidée par le Grand Conseil, les clés de répartition intercantonales pourraient être remises en cause. Et c'est tout le monde associatif fribourgeois qui craint déjà pour la survie de bon nombre de projets sociaux et culturels.