JO 2026

Jeux olympiques: les Valaisans décideront pour la Suisse

Tous les cantons concernés par les Jeux d’hiver 2026 n’organiseront pas de votation populaire. Au contraire des Vaudois, les Bernois devraient se prononcer. Les scrutins pourraient se multiplier dans les communes, mais seul le vote valaisan sera décisif

Pour Guy Parmelin, «il ne faut pas avoir peur du peuple». Le ministre des Sports fait du soutien populaire une «condition à remplir» pour l’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2026 en Suisse. Les cinq cantons directement concernés par les épreuves ne voteront pas forcément et seul le scrutin organisé en Valais sera décisif. Ailleurs, un rejet populaire entraînerait des réaménagements, sans pour autant menacer le rêve olympique. Président du comité d’organisation, Jean-Philippe Rochat sourit: «Seul un vote négatif en Valais pourrait mettre fin au projet.»

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Devenue nationale depuis que le Conseil fédéral a choisi de soutenir Sion 2026, la campagne qui débute porte sur les chiffres. Le budget opérationnel des Jeux se monte à 1,98 milliard de francs, auxquels il faut ajouter 303 millions de frais de sécurité et 100 millions d’investissements pour des infrastructures permanentes. Les recettes sont estimées à 1,15 milliard de francs. Le Conseil fédéral est prêt à engager une garantie de déficit de 827 millions de francs. Les Chambres fédérales en débattront entre l’automne et l’hiver 2018.

Un sujet émotionnel

Vice-présidente des Verts, la conseillère nationale Lisa Mazzone revendique un vote populaire national. Pour elle, «le projet olympique dépasse largement les seuls enjeux valaisans, pour les montants engagés dans une période d’austérité budgétaire». En espérant obtenir des Chambres fédérales une loi-cadre sur les Jeux, soumise à référendum, elle insiste sur un discours qu’elle juge paradoxal: «Le comité vante un projet qui concerne tout le pays, mais il est défavorable à des votes en dehors du Valais.»

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Ministre valaisan des Sports, Frédéric Favre reconnaît que «techniquement, seul le vote des Valaisans sera décisif». Engagé dans sa première campagne de votation, il trahit quelques signes d’agacement: «Ce projet souffre d’un traitement particulier, très émotionnel.» Il insiste: «Pour des montants comparables, les expositions nationales ou le projet olympique des Grisons n’avaient pas provoqué pareilles levées de boucliers et les Suisses avaient fait confiance aux Chambres fédérales.»

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Les Bernois devraient voter, pas les Vaudois

Dans le canton de Berne, où plus de 10 millions de francs sont en jeu, la population votera sans doute. Interrogé par le Bund, le ministre des Finances Christoph Ammann envisage un scrutin pour fin 2018 ou début 2019: «Si nous soumettons un crédit au parlement, il est évident que nous demanderons un référendum obligatoire afin que la population puisse se prononcer.» Si les Bernois refusent le projet, ils n’empêcheront pas les organisateurs de louer leur patinoire pour autant.

Pour l’observateur délégué au projet par l’exécutif vaudois, Denis Pittet, «les Vaudois ne voteront probablement pas sur le principe des Jeux». Le canton devrait engager 8 millions de francs pour ses infrastructures, dont 40% pourraient être subventionnés par la Confédération. Le solde de 4,8 millions pourrait être traité dans le cadre du budget de l’Etat, et débattu par le parlement sans être soumis à référendum. En revanche, «des votes communaux pourraient intervenir tardivement», quand les exécutifs municipaux engageront leur part de crédits.

Les mécanismes démocratiques habituels s’appliquent au projet olympique

A Kandersteg, où un tremplin de saut à skis provisoire nécessite un changement d’affectation des zones, le président Urs Weibel a agendé une votation populaire au mois de juin 2018. Elle n’inquiète pas vraiment le président Jean-Philippe Rochat: «Les mécanismes démocratiques habituels s’appliquent au projet olympique, et chaque commune pourrait théoriquement voter sur tout ce qui concerne sa participation financière ou son aménagement du territoire.»

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En Valais, une longue campagne a débuté

Le 10 juin prochain, les Valaisans décideront donc pour la Suisse. Réunissant théoriquement près de 60% des votants, les libéraux-radicaux et les démocrates-chrétiens soutiennent vivement le projet. En misant sur la défiance des Valaisans pour les citadins, ils n’hésiteront pas à exploiter toutes les oppositions venues de l’extérieur du canton pour tenter de ressusciter l’enthousiasme qui portait le projet Sion 2006 il y a près d’une vingtaine d’années.

Très discrètes dans les années 1990, les oppositions des Valaisans aux Jeux sont plus vives aujourd’hui. Les Verts dénoncent un «manque de transparence» et exigent de pouvoir «accéder immédiatement au dossier de faisabilité». «Plus que sceptiques», les socialistes acquiescent. Né à l’occasion des dernières élections cantonales, le Rassemblement citoyen considère que «le Valais a d’autres priorités». L’UDC de Sion décrit un projet «porté par un petit groupe d’affairistes auxquels les collectivités publiques se sont rattachées docilement».

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Le vote sera cantonal

Le Comité international olympique a accepté de composer avec la garantie de déficit limitée avancée par le Conseil fédéral. Selon son directeur des sports, Christophe Dubi, les signataires du contrat ville hôte assumeront un éventuel déficit supplémentaire: «Nous voulons en toutes circonstances éviter que des prestations fournies restent impayées.» Mélange de représentants des collectivités publiques et d’entrepreneurs qui travaillent à titre privé, l’association qui porte le projet devrait prendre la responsabilité de cette signature.

«La Ville de Sion n’entend pas supporter un déficit qui ne serait pas couvert par la garantie de la Confédération»

Pour le président libéral-radical de Sion, Philippe Varone, les contribuables n’assumeront en aucun cas la facture d’éventuels dépassements budgétaires: «La Ville de Sion n’entend pas supporter un déficit qui ne serait pas couvert par la garantie de la Confédération.» Occupé à étudier l’opportunité d’un village olympique de 1400 lits financé par des caisses de pension, il ne change pas d’avis sur une éventuelle votation communale exigée par l’UDC: «Même si Sion prête son nom, cette candidature est avant tout nationale et les impacts sur la ville sont moindres par rapport aux précédents projets.» Il insiste: «Je crois vraiment que le vote doit être cantonal.»

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