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VISITE D'ETAT

Jiang Zemin lave l'affront subi à Berne en humiliant le Conseil fédéral

Arrivé dans la capitale sous les sifflets des partisans du Tibet libre,le président chinois Jiang Zemin s'en est vertement pris à ses hôtes suisses lors des allocutions officielles.D'abord très fâché, le dignitaire communiste est apparu plus souriant à l'issue des entretiens avec le gouvernement. La discussion sur les droits de l'homme a toutefois été écourtée

Les visites en Suisse de chefs d'Etat étrangers donnent rarement lieu à des éclats. Celle de Jiang Zemin a fait exception à la règle: arrivé à Berne sous les sifflets de militants de la cause tibétaine, le président chinois a ensuite délaissé toute précaution diplomatique et critiqué, en termes très sévères, le Conseil fédéral et la présidente de la Confédération, Ruth Dreifuss, pour avoir mal organisé sa réception.

Une atmosphère anormale s'est déjà installée avant l'arrivée du cortège officiel conduisant le président chinois sur la place fédérale. A 14 h 45, quinze minutes avant le début de la cérémonie de passage en revue des troupes, les sifflets d'une cinquantaine de manifestants brandissant des drapeaux tibétains, des banderoles et des ballons rendent déjà inaudible la fanfare militaire en train de répéter. Les opérateurs de la télévision chinoise, imperturbables, s'efforçent certes de filmer les troupes au garde-à-vous sans montrer les militants vociférant à l'arrière-plan, mais il semble d'ores et déjà clair que le président chinois ne pourra parader longtemps devant un public aussi hostile. Le problème se confirme bientôt: c'est avec une demi-heure de retard sur l'horaire prévu, à 15 h 30, que la limousine de Jiang Zemin s'arrête devant l'entrée principale du Palais fédéral. Le leader communiste s'engouffre immédiatement à l'intérieur du bâtiment sans adresser un regard aux soldats stationnés sur la place. A ce moment-là, les sifflets des manifestants, juchés sur le toit d'un immeuble proche ou contenus derrière des barrières dressées à une quarantaine de mètres de l'entrée, redoublent.

A l'intérieur, l'ambiance est à peine plus calme. Jiang Zemin est furieux et ne le cache pas. On lui présente Arnold Koller, le ministre de la police. Sa réaction est cinglante: «Je n'ai jamais vu cela dans aucun pays, assène-t-il au conseiller fédéral tétanisé. C'est très mauvais!» Ruth Dreifuss semble consternée mais prononce stoïquement le discours prévu. Elle y évoque des «divergences, parfois importantes, [qui] portent sur les droits des minorités, notamment tibétaines». Le président chinois prend à son tour la parole et décide d'improviser. Après quelques considérations sur la situation internationale, le Kosovo et les relations bilatérales «qui doivent être approfondies», il attaque frontalement ses hôtes suisses: en dix ans de présidence, explique-t-il, il a toujours reçu à l'étranger un accueil chaleureux. La Suisse n'est-elle pas censée être un «pays paisible, stable et neutre»? Son gouvernement n'a-t-il pas «la capacité de gérer ce pays»? Assurer une ambiance pacifique pendant cette visite, estime Jiang Zemin, «est le minimum de politesse que l'on doit réserver aux hôtes étrangers». «Il y a un contraste entre le désordre auquel j'ai assisté et la finesse de la boîte à musique que l'on m'a offerte comme cadeau officiel», conclut-il, avant d'estimer que la présidente de la Confédération avait «perdu un ami». Un doute plane cependant sur cette partie de la déclaration: selon Ruth Dreifuss, le président aurait seulement dit que la Suisse «risquait de perdre un ami».

A la suite de cet incident, la discussion officielle entre Ruth Dreifuss et Jiang Zemin sur les droits de l'homme a été considérablement écourtée. Aucun cas particulier de prisonniers politiques tibétains ou autres n'a été évoqué comme cela était prévu.

Du côté suisse, on attribue officieusement la «surréaction» chinoise à des «différences de mentalité». Jiang Zemin aurait été surpris de la proximité des manifestants, d'autant plus que la Suisse lui avait promis qu'aucune manifestation ne serait autorisée ce jour-là (que des rassemblements illégaux aient quand même lieu étant une autre question). «Sa sécurité n'a jamais été mise en danger, assure Martin Peter, chef du service de sécurité de la police fédérale. Ce n'était pas non plus le vœu de la présidente de bloquer complètement l'accès de la place.» Selon le porte-parole de la police bernoise, Franz Märki, il serait cependant utile de réfléchir à d'autres modalités d'organisation lors de visites qui peuvent être problématiques.

A la sortie des discussions officielles, Jiang Zemin était redevenu souriant. Le porte-parole du gouvernement chinois a ensuite loué «la relation active et fructueuse» entre les deux pays. Quant au Conseil fédéral, il a «regretté», par la bouche de Ruth Dreifuss, «la façon dont cette visite a débuté.» Le programme officiel reste inchangé.

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