Jeux olympiques

JO de Sion 2026: ces écolos qui ébranlent le Valais

Les écologistes représentent certes une minorité de l’électorat valaisan; mais si les citoyens refusent de soutenir la candidature Sion 2026 le 10 juin, ils y seront pour beaucoup

Ils sont ultra-minoritaires et pourtant ils peuvent mettre un terme au rêve olympique de Sion. Les écologistes, WWF et Verts en tête, sont les opposants de la première heure au projet de candidature de la capitale valaisanne aux Jeux d’hiver de 2026. Le sondage, publié vendredi passé par cinq médias valaisans, les montre au coude à coude avec les partisans du projet. De quoi les laisser rêver à une victoire le 10 juin prochain.

Pour Marie-Thérèse Sangra, secrétaire régionale du WWF Valais depuis 1995, ce sondage illustre «le scepticisme de la population valaisanne et l’absence d’enthousiasme au sein du canton». Une situation qui semble à des années-lumière de celle vécue en 1997. Cette année-là, deux tiers des Valaisans se prononcent le 8 juin en faveur de la candidature de Sion aux Jeux olympiques de 2006, avec la destinée que l’on connaît.

Voilà le plus grand changement par rapport à la dernière campagne olympique en Valais: un parti s’est opposé au projet dès le début.

Marie-Thérèse Sangra, secrétaire régionale du WWF

Bien seul il y a vingt et un ans, le WWF ne l’est plus aujourd’hui. «Nos idées ont progressé au sein de l’opinion publique valaisanne, se réjouit Marie-Thérèse Sangra, qui avait déjà mené campagne contre Sion 2006. Preuve en est que les Verts n’ont pas hésité à prendre très rapidement et très clairement position contre les JO. Voilà le plus grand changement par rapport à la dernière campagne olympique en Valais, un parti s’est opposé au projet dès le début.» Et plusieurs autres ont suivi, notamment le Parti socialiste et l’UDC du Valais romand.

Les mentalités ont évolué

Mais l’évolution ne s’arrête pas là pour Marie-Thérèse Sangra. «Il y a vingt ou vingt-cinq ans, les Valaisans suivaient leurs autorités quasiment les yeux fermés. Aujourd’hui les mentalités ont évolué et les citoyens font leur propre choix.»

Député depuis novembre 2016 et figure marquante des opposants aux Jeux olympiques, le Vert Thierry Largey abonde dans ce sens. «Le peuple ose aller à l’encontre des élites et dire ce qu’il pense. On le ressent dans cette campagne sur les JO, mais cela n’a pas toujours été le cas en Valais. Lors d’autres votations un peu tendues, les partisans du non ne s’exprimaient pas. Aujourd’hui, les Valaisans osent penser différemment et miser sur d’autres voies, comme les Verts. Ça devient un vrai acte politique, parce qu’avec son groupe au Grand Conseil, ce parti compte.»

Une nouvelle génération de Verts

Lors des élections cantonales de mars 2017, les Verts ont en effet quadruplé leur représentation au parlement cantonal, obtenant huit sièges et pouvant ainsi créer un groupe, avec une moyenne d’âge de 40 ans. Le parti a donc su miser sur une nouvelle génération de politiciens, reconnaît Thierry Largey, lui qui ne se souvient pas d’avoir voté en 1997. «On se démarque du Parti écologiste, qui était purement centré sur certaines préoccupations énergétiques ou climatiques. Pour nous, les fondements de l’approche verte peuvent rayonner sur l’ensemble des domaines de la politique. On peut aussi bien traiter de l’énergie, qui est entre guillemets notre fonds de commerce, que de la politique de la famille ou de celle de la construction. Des thèmes qui touchent potentiellement tout le monde.»

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C’est exactement ce que font les Verts durant cette campagne sur les Jeux olympiques et, au vu des tendances, cela semble porter ses fruits. Leurs arguments incluent, certes, l’écologie, mais pas seulement. «Nous pointons du doigt les risques financiers, qui ont été prouvés durant des décennies de JO et qui subsistent aujourd’hui», explique Thierry Largey. Son collègue de parti Jérémy Savioz, également député, souligne par ailleurs que l’argent qui sera investi dans cette candidature ne le sera pas dans d’autres projets. «Il y a un problème de priorités. Les autorités veulent tout miser sur un événement ponctuel, sans aucune garantie de retour sur investissement. Les 100 millions promis par le canton pourraient être utilisés pour d’autres projets, plus durables.»

Un avis que partage totalement Marie-Thérèse Sangra. «Aujourd’hui il faut se demander quelles seront les priorités du Valais ces dix prochaines années. Pour nous, ce sont le réchauffement climatique, les enjeux énergétiques et de la mobilité, de même que le recul de la biodiversité. A toutes ces questions-là, le projet Sion 2026 n’apporte aucune réponse», déplore-t-elle. Au contraire, les Jeux olympiques ne font qu’uniformiser le développement dans les régions de montagne. «C’est une «coca-colaïsation» du tourisme à l’échelle planétaire.»

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