Robert Klapisch, l’ancien directeur de la recherche du CERN, est convaincu que l’avenir du transport d’électricité passera par la supraconductivité, ce phénomène qui apparaît lorsque certains matériaux sont refroidis à des températures avoisinant le zéro absolu (-273,15°C) et qui se caractérise par l’absence de résistance électrique et l’expulsion du champ magnétique. Afin d’en démontrer la viabilité, il veut construire un banc d’essai en Valais. Ce mardi, il a rencontré les autorités cantonales pour leur présenter son projet, dévoilé par Le Temps en novembre. A l’époque, les autorités cantonales n’avaient pas souhaité évoquer le sujet. Aujourd’hui, Joël Fournier, le chef du Service de l’énergie et des forces hydrauliques qui a participé à la réunion, s’exprime.

Le Temps: Quel est l’état d’esprit des autorités valaisannes à la suite de cette rencontre?

Joël Fournier: La présentation de M. Klapisch a suscité un réel intérêt, mais il est nécessaire de préciser qu’il s’agit, pour l’heure, d’un projet de démonstration et non pas d’une technologie mature, prête à l’emploi. L’idée de Robert Klapisch a suscité de nombreuses attentes au sein des opposants à la ligne à très haute tension (THT), qui est en construction entre Chamoson et Chippis, mais nous ne sommes pas au stade de pouvoir remplacer les lignes THT. Je pense que nous sommes à des décennies de pouvoir le faire. La ligne proposée par Robert Klapisch vise un transport d’électricité similaire à une ligne haute tension (65 kV). Si elle devait devenir réalité, elle serait construite en parallèle à une ligne existante, afin d’être testée sans mettre en danger la sécurité d’approvisionnement. Rien de plus.

Ce n’est pas parce que c’est un projet innovant que son implantation sera facilitée

Joël Fournier

On vous sent sur la retenue…

Il ne faut pas s’enthousiasmer trop vite. Je dirais que M. Klapisch en est plus au stade de l’idée que du projet. Il reste de nombreuses difficultés à surmonter. Comment le financement du projet sera-t-il assuré? Quel est son coût exact? Où le banc d’essai sera-t-il implanté? Robert Klapisch évoque un tracé entre Riddes et Sion, est-ce réalisable et approprié? Autant de questions qui, à l’heure actuelle, n’ont pas de réponse. Il ne sera pas simple de faire passer cette technologie des laboratoires au territoire. Ce n’est pas parce que c’est un projet innovant que son implantation sera facilitée. Le processus sera identique aux autres projets de lignes électriques, de compétence fédérale, avec les retards que cela peut engendrer, notamment à cause des possibles oppositions.

L’Etat du Valais va-t-il soutenir Robert Klapisch pour ce projet?

Nous devons dans un premier temps nous assurer que l’organisation de projet et les moyens financiers sont bel et bien assurés. Ensuite, il vaudra la peine que des collaborateurs du canton et des sociétés électriques concernées consacrent du temps pour aider au développement du projet. Il faudra notamment répondre aux questions qui se posent dans le bon ordre et ne pas se focaliser uniquement sur l’intérêt technique. Il y a un réel intérêt de l’Etat du Valais d’abriter ce qui serait une première mondiale, mais je ne peux pas être optimiste au point de vous dire que ce banc d’essai existera dans deux ans.

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