Le Temps: Les mouvements citoyens ont marqué les esprits dimanche. Ils ont participé à la défaite de l’UDC et Appel citoyen a réalisé un score impressionnant en Valais, lors de l’élection à la Constituante. Mais que se cache-t-il derrière ces mouvements?

Johan Rochel: Il est difficile de les cartographier, car ils sont très disparates. On les définit souvent par la négative, qui est de ne pas être un parti politique. Mais ils racontent tous la même chose: cette envie des citoyens de s’engager politiquement, sans toutefois être affilié à un parti politique. En créant ces mouvements non partisans, on répond à cette demande populaire. En quelque sorte, on comble un vide. C’est cela qui explique les résultats que l’on a pu constater ce week-end.

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Faut-il y voir une perte d’influence des partis?

Je ne suis pas sûr, car ils demeurent les acteurs clés de la politique institutionnelle. Si on veut intégrer un parlement, il est très compliqué de ne pas être affilié à un parti. Il ne faut donc pas opposer ces deux mondes que sont les partis et les mouvements citoyens. Ces derniers sont nés en parallèle des partis et non pas en opposition. On a certes pu voir une concurrence entre les partis traditionnels et Appel citoyen en Valais, car notre mouvement se devait de gagner des suffrages pour obtenir des sièges. Mais dans les autres cas, il n’y a pas de concurrence entre mouvements et partis.

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Ce n’est donc pas la mort des partis traditionnels?

Absolument pas. Si certains mouvements, comme le Mouvement 5 étoiles en Italie ou l’AfD en Allemagne, sont mal intentionnés et prônent un «dégagisme», la majorité ne le sont pas. En revanche, l’arrivée des mouvements citoyens sur la scène politique secouent les partis, qui devront se questionner sur leur manière de fonctionner. Au centre de ce questionnement, il y aura notamment la transparence sur leur financement ou une plus grande consultation de leurs membres. La question de la relève sera également soulevée, puisque le réservoir de personnes intéressées par la politique n’est pas infini. Peut-être que les futurs politiciens passeront d’abord par un mouvement citoyen, avant d’emprunter une sorte de passerelle pour se diriger vers un parti.

Quel a été le déclic qui a permis l’émergence de ces mouvements citoyens?

La tradition existe depuis de nombreuses années en Suisse. Elle est liée au pragmatisme, que l’on retrouve au niveau de la politique communale. Les alliances qui s’y forment depuis longtemps sont les prémices des mouvements que l’on connaît aujourd’hui. Un autre exemple historique serait les syndicats. Un mouvement politique qui travaille avec les partis. L’arrivée des nouvelles technologies a permis la multiplication des mouvements citoyens. Il est devenu plus facile de rassembler des personnes autour d’un thème, comme nous l’avons fait, par exemple, avec Foraus pour parler de politique étrangère. Puis, des exemples internationaux, comme l’élection d’Emmanuel Macron en France, ont démontré que même l’accession au pouvoir exécutif est possible. Ces nouveaux possibles renforcent l’envie d’expérimentation.

Le nombre de ces mouvements pourrait donc croître à l’avenir?

Les mouvements non partisans vont se multiplier. L’aventure va s’accélérer car elle s’accompagne d’un apprentissage très rapide. Les nouveaux venus peuvent s’inspirer de ce qui a déjà été fait et atteindre rapidement un bon niveau. Cette tendance n’est pas réservée à une couleur politique en particulier. Des mouvements, mettant l’accent sur des thèmes précis, vont naître en complément des partis de tous les côtés de l’échiquier politique.