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Rencontre entre deux ministres de l'Economie en avril 2015 à Bercy.
© AP Photo/Michel Euler

Présidence

Johann Schneider-Ammann: «Notre droit du travail a intéressé Emmanuel Macron»

Le ministre de l’Economie, le seul à avoir rencontré le nouveau président français, le décrit comme «un libéral qui a évolué dans un environnement socialiste»

Johann Schneider-Ammann est le seul membre du gouvernement suisse à avoir rencontré Emmanuel Macron. C’était il y a deux ans à Bercy. Il témoigne.

Consulter notre dossier dédié à l’élection présidentielle française.

Le Temps: Avez-vous été soulagé pour le franc suisse lorsque vous avez appris l’élection d’Emmanuel Macron?

Johann Schneider-Ammann: Oui. Les taux de change se sont normalisés. Je constate que l’Europe est en train de se stabiliser. Les élections aux Pays-Bas, en France et dans des Länder allemands ont démontré que les mouvements nationalistes ne parviennent pas à s’imposer et que l’Europe se renforce. Cela est bénéfique pour l’euro et diminue la pression sur le franc suisse. Nos exportateurs attendaient cette clarification depuis longtemps.

- Vous avaient-ils fait part de leurs craintes avant l’élection présidentielle française?

- Je suis en contact permanent avec des entrepreneurs. Mais nous n’avons pas discuté des éventuelles conséquences d’une élection de Marine Le Pen pour leurs affaires. Si elle avait été élue, il y aurait eu des incertitudes car son programme ne reposait pas sur l’ouverture des frontières et des marchés. Mais je ne crois pas que les relations entre nos deux pays auraient été très différentes. Son intérêt aurait été d’assurer un maximum d’emplois à ses concitoyens. Les frontaliers qui travaillent chez nous font partie de cette équation.

- Vous avez rencontré Emmanuel Macron à Paris le 2 avril 2015. Quelle impression vous a-t-il faite?

- J’ai eu une impression positive. Il est venu par un grand corridor, accompagné de ses collaborateurs, avec lesquels il semblait former une véritable équipe. Nous nous sommes serré la main de façon très amicale. C’est un homme très sympathique.

- Est-il un libéral?

Emmanuel Macron a suivi un cursus libéral dans un environnement socialiste. Cela implique une différence essentielle: ce n’est pas l’entrepreneur qui assume les risques d’un échec, mais l’Etat. Et l’univers bancaire par lequel il est passé est très différent du monde industriel que j’ai connu.

- François Bayrou compare volontiers le Code du travail français et ses 3800 pages avec la législation suisse, bien plus mince. Cela a-t-il été un thème de discussion entre vous?

- Nous avons parlé du marché du travail. A chaque fois que je rencontre un interlocuteur français, j’aborde la question des contraintes et du manque de flexibilité du droit français, par exemple pour le nombre d’heures hebdomadaires. Notre régime libéral laisse un maximum de marge de manœuvre aux entreprises. Mais je ne critique pas, car nous n’avons pas la même histoire. Je lui ai raconté comment, lorsque j’étais entrepreneur, les trois sociétés françaises de notre groupe avaient pu éviter de réduire leurs effectifs en obtenant un peu de flexibilité «à la suisse» pendant la crise des années 2008-2009. Cela l’a beaucoup intéressé. Il était en pleine élaboration de la future loi Macron. Il a pris connaissance du modèle suisse, qui repose sur trois piliers lui assurant le succès: le libéralisme, le partenariat social et la formation duale. Grâce à cela, le chômage des jeunes est très bas chez nous.

- Cette rencontre a eu lieu un peu plus d’un an après l’acceptation de l’initiative de l’UDC sur l’immigration. En avez-vous parlé avec lui?

- Bien sûr. Tous les entretiens que j’ai eus après le 9 février 2014 étaient marqués par ce sujet. Deux jours après le vote, j’avais contacté son prédécesseur Michel Sapin le 11 février 2014. Il m’avait demandé ce que nous allions faire avec leurs frontaliers. Je lui avais répondu que c’étaient aussi les nôtres et que nous allions trouver une solution raisonnable. J’en ai reparlé avec Emmanuel Macron.

- La loi d’application votée par le parlement règle-t-elle la question des frontaliers?

- Ce qui est garanti, c’est que les frontaliers peuvent continuer à travailler en Suisse.

- Lors de cette rencontre, vous aviez exprimé le désir d’organiser des rencontres tripartites des ministres de l’économie suisse, français et allemand. Cela s’est-il concrétisé?

- L’idée était que les trois ministres – c’était alors Sigmar Gabriel en Allemagne – fassent profiter les autres de leurs expériences. L’Allemagne et la Suisse ont un taux de chômage bas et auraient pu soutenir la France pour que ce pays et l’Europe en général puissent regagner en compétitivité. Mais il a été difficile de faire coïncider nos agendas et Emmanuel Macron a ensuite quitté le gouvernement. Je ne suis pas triste que la Suisse ne fasse pas partie de l’UE, mais je reste un Européen très engagé. Des échanges réguliers auraient pu être bénéfiques, aussi dans le domaine de l’innovation, qui est cruciale au siècle de la numérisation. J’espère qu’il n’a pas oublié ce que je lui avais dit à ce sujet.


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