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Chronique

Johann Schneider-Ammann enfin ministre

Il lui aura fallu du temps! Cela fera deux ans, le 1er novembre, que Johann Schneider-Ammann dirige le Département fédéral de l’économie. Et il apparaît avoir enfin endossé le costume de ministre. Après onze ans au Conseil national et deux ans au gouvernement, il vient de découvrir la politique et semble y prendre goût

Cela est apparu très nettement lors de la dernière session parlementaire où il a enregistré trois succès d’importance: la réforme de la politique agricole vers davantage de mesures écologiques, la libéralisation des horaires d’ouverture des commerces et des mesures d’accompagnement plus sévères en matière de libre circulation.

On y ajouterait même une victoire un peu malgré lui avec la rallonge de 300 millions votée par le Conseil national pour la formation, la recherche et l’innovation pour le programme de 24 milliards sur quatre ans. Le Conseil fédéral y était opposé pour des raisons d’équilibre budgétaire. Mais cela tombe bien pour Johann Schneider-Ammann qui sera dès l’an prochain ministre de tutelle du nouveau Secrétariat d’Etat à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI).

Au-delà de ces succès, ce qui frappe les observateurs politiques c’est la nouvelle assurance du ministre de l’Economie, son aisance dans la prise de parole et surtout sa capacité à délivrer enfin un message politique. L’ancien chef d’entreprise et ex-président des fabricants de machines Swissmem n’a jusqu’ici jamais brillé par un sens politique très aigu. En dehors des dossiers touchant aux relations du travail et au commerce extérieur, il aura été d’une rare discrétion au parlement.

Ses premiers pas comme ministre de l’Economie avaient été difficiles, avec des attaques sévères des milieux agricoles. C’était comme si Johann Schneider-Ammann découvrait soudain le monde agricole. La présentation des mesures contre le franc fort ne lui avait pas réussi non plus. Et, plus récemment, son idée de nommer un proche, Roman Bouteiller, comme secrétaire d’Etat à la recherche et à la formation a provoqué une vague de protestations, le candidat au poste étant président du Conseil d’administration de l’entreprise Ammann.

Johann Schneider-Ammann a beaucoup travaillé à compenser ses faiblesses, admet-on dans son entourage. Il maîtrise mieux ses dossiers et peut donc aller à l’essentiel. Il a demandé à ses collaborateurs des notes d’intervention bien plus courtes, moins techniques, et cherche à dégager davantage une ligne politique. «Il essaie surtout de faire passer ses propres convictions, car il a compris que c’est ce que les députés retiennent d’abord», dit un de ses conseillers.

Lui, le libéral, a dû un peu se forcer pour convaincre la droite du parlement de la nécessité d’imposer la responsabilité solidaire, contre la sous-enchère salariale, aux entrepreneurs généraux qui sous-traitent des chantiers à des PME étrangères. Mais il sait bien que susciter le mécontentement des syndicats c’est le meilleur moyen de couler la libre circulation.

Pour convaincre le monde agricole, il s’appuie beaucoup, pour les aspects techniques, sur son nouveau directeur de l’agriculture, Bernard Lehmann, un homme très apprécié des paysans. Il se concentre sur les grandes lignes politiques, moins de productivisme, davantage d’implications environnementales. Favorable à l’ouverture des marchés agricoles, il a compris qu’il serait plus sage pour l’heure de mettre une sourdine à ce discours que les paysans rejettent.

Mais il a aussi pris goût à ce milieu en multipliant les visites dans les fermes ou les apparitions aux manifestations populaires.

La mue de Johann Schneider-Ammann est pourtant modeste. Il reste avant tout un technocrate, sans vision particulière pour la Suisse, reproche la très radicale NZZ. Et, réticent à tout interventionnisme, sa politique industrielle peine à émerger. Les écologistes lui reprochent le manque de perspectives pour les cleantech, les technologies propres. Les salariés de l’industrie des machines s’en prennent à sa timidité pour la défense de l’industrie suisse, comme on l’a vu lors des licenciements chez Tornos.

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