Agriculture

«Johann Schneider-Ammann ignore la volonté populaire»

A l’annonce de son départ, le ministre de l’Economie s’est déclaré satisfait de son bilan. Les paysans suisses ne partagent pas du tout son enthousiasme

Johann Schneider-Ammann s’auto-congratule, le monde paysan s’étrangle. En cause: la libéralisation grandissante du marché agricole voulue par le ministre de l’Economie. Détaillée dans le rapport «Vue d’ensemble: Perspectives pour le secteur agroalimentaire», sorti fin 2017, la vision du Conseil fédéral demande «l’ouverture du marché» et le «démantèlement de la protection douanière».

De quoi reléguer les paysans à «un rôle de paysagiste», fustige Jacques Nicolet, agriculteur et conseiller national (UDC/VD): «Johann Schneider-Ammann ignore la volonté populaire, dénonce-t-il. Le peuple s’est pourtant prononcé à près de 80% en faveur de la sécurité alimentaire.»

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Accepté en 2017, le contre-projet prévoit entre autres «la préservation de la production agricole suisse» et «des relations commerciales transfrontalières qui contribuent au développement durable de l’agriculture». Or, dit Jacques Nicolet, la politique voulue par le conseiller fédéral «met l’agriculture à plat».

Diminution de la protection douanière

Les standards alimentaires suisses sont aussi en danger, dénonce-t-il: «Certains pays du Mercosur (marché commun qui regroupe Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay avec lequel un accord de libre-échange est prévu) travaillent presque uniquement avec des OGM et des hormones de croissance. C’est une vision catastrophique.» Imperturbable, Johann Schneider-Ammann s’envole ce dimanche en Amérique du Sud afin de «dynamiser les négociations».

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Le Conseil fédéral considère l’accord comme «essentiel». Dans son argumentaire, «l’ouverture engendrera un nouveau potentiel d’exportation, le tourisme d’achat reculera, le niveau des prix baissera et les consommateurs profiteront d’une diversité accrue et d’un meilleur rapport coûts/prestations». En échange? Une diminution de 30 à 50% de la protection douanière suisse vis-à-vis du marché commun sud-américain. «Les paysans seront bientôt une sorte de Ballenberg vivant», ironise Jacques Nicolet.

«On va se battre»

Le libre-échange est certes nécessaire, concède Jacques Bourgeois, mais «pas à tous crins». La solution adéquate passe selon lui par un accord analogue à celui conclu avec la Chine, qui prévoit «des concessions sur des contingents notifiés à l’OMC». Cette pratique, plus restrictive, permet à une quantité définie de produits de bénéficier d’une taxe douanière réduite à leur entrée dans le pays. «Non pas d’ouvrir les vannes à de la viande aux hormones», dénonce le Fribourgeois. Qui prévient: «On va se battre.»

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