Conseil fédéral

Johann Schneider-Ammann: régler le conflit avec les paysans avant de partir

Le conseiller fédéral confirme qu’il ne sollicitera pas un nouveau mandat. Dans une interview, il dit avoir réalisé ses objectifs et veut encore trouver une solution pour l’agriculture. Coordonnera-t-il son départ avec celui de Doris Leuthard?

Si l’on en croit les déclarations de ses membres les plus anciens, l’horizon s’éclaircit pour le calendrier de renouvellement du Conseil fédéral. Johann Schneider-Ammann confirme dans la NZZ de vendredi qu’il ne sollicitera pas un nouveau mandat et qu’il s’est fixé «un point de repère clair: la fin de la législature 2019». Avant lui, Ueli Maurer avait annoncé qu’il quitterait le gouvernement à la fin d’une législature, mais qu’il ne savait pas si ce serait 2023, 2027, voire au-delà. Il avait déclaré à la même occasion qu’il se présenterait pour un nouveau mandat en décembre 2019, à l’âge de 69 ans.

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Quant à Doris Leuthard, elle avait fait savoir l’an dernier déjà qu’elle ne resterait pas au Conseil fédéral au-delà de 2019. Doyenne de fonction, elle est membre du gouvernement depuis 2006. On a beaucoup spéculé sur un retrait anticipé de la démocrate-chrétienne argovienne. Le rejet de l’initiative «No Billag», son 14e succès sur 16 scrutins, lui ouvrait une fenêtre d’opportunité pour s’en aller cet été déjà. Puis il y a eu l’affaire CarPostal.

Doris Leuthard a demandé une enquête pénale, désormais instruite par Fedpol. Cette investigation va durer un moment. Toutefois, l’instruction ouverte par la police fédérale n’a pas mis un terme aux recherches internes entreprises par La Poste à l’initiative de son président, Urs Schwaller. Celui-ci a confirmé mercredi qu’il comptait publier un rapport d’enquête avant la pause estivale, publication à laquelle Fedpol n’a pas l’intention de s’opposer, a-t-elle indiqué au Temps.

Que fera Doris Leuthard?

Théoriquement, Doris Leuthard conserve la possibilité de s’appuyer sur les conclusions de ce rapport pour quitter le Conseil fédéral avant la fin de l’année, sans attendre celles de l’enquête de Fedpol. Mais elle peut aussi décider de patienter jusqu’à ce que tombe le verdict de Fedpol, qui, dans une procédure de droit pénal administratif, est aussi l’autorité de jugement.

Il reste cependant la question, cruciale, de la représentation féminine au gouvernement. Cet aspect plaide pour un départ coordonné de l’Argovienne et de Johann Schneider-Ammann. Il est en effet vraisemblable que la première sera remplacée par un homme et le second par une femme, en l’occurrence Karin Keller-Sutter.

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Cette coordination est souhaitée tant par le PDC que par le PLR. Comme il ne faut pas toujours prendre à la lettre les déclarations des conseillers fédéraux sur leurs intentions de départ, il reste ainsi une petite possibilité que les deux ministres s’entendent pour s’en aller à la fin de l’année 2018. Mais comme Ueli Maurer compte rester, un double retrait au changement de législature, en décembre 2019, paraît plus vraisemblable.

La question de la représentation féminine

Cela laisse aussi un peu plus de temps au PDC pour préparer une éventuelle candidature féminine. Les noms évoqués jusqu’à maintenant ne convainquent guère les observateurs des autres partis. On a parlé de la Bâloise Elisabeth Schneider-Schneiter, dont le parti s’efforce d’assurer la promotion. Elle est membre de la présidence et préside actuellement la Commission des affaires extérieures du Conseil national. L’Aargauer Zeitung vient cependant de révéler qu’elle avait un sérieux handicap: elle est de confession réformée. Officiellement, cela ne joue aucun rôle, assure le PDC. Mais dans les faits, celui-ci reste solidement ancré dans le terreau catholique. On parle aussi de la Haut-Valaisanne Viola Amherd. Travailleuse, l’ancienne présidente de Brigue reste cependant peu charismatique et peu médiatique. Or, avec un(e) seul(e) représentant(e) au gouvernement fédéral, le PDC a besoin de visibilité.

Quel que soit le scénario retenu, Johann Schneider-Ammann partira avec le sentiment du devoir accompli. Il le dit dans l’interview accordée à la NZZ: «Je me suis présenté au Conseil fédéral pour contribuer à assurer le plein-emploi, à maintenir l’industrie en Suisse et à aider mon parti à sortir du creux de la vague. Aujourd’hui, le niveau d’emploi est plus élevé que jamais, l’industrie est forte et le PLR a le vent en poupe. Bon, d’accord, ce n’est pas uniquement grâce à moi», déclare-t-il, un sourire aux lèvres.

Le choc du 9 février 2014

Le bilan réel est plus contrasté. Il a toujours eu du plaisir à piloter des missions économiques mixtes à l’étranger et en a d’autres en vue cette année. Toutefois, dans de nombreux milieux, on lui reproche d’avoir trop longtemps privilégié la posture de la subsidiarité, si chère à son esprit libéral. Il aura fallu le choc du vote du 9 février 2014 pour que les choses se mettent à bouger sur le front intérieur, notamment concernant le repositionnement des travailleurs âgés sur le marché du travail comme possible antidote à l’engagement de main-d’œuvre étrangère. Il s’est aussi engagé pour que la Suisse ne soit pas coupée durablement des programmes européens de formation et de recherche.

Agé de 65 ans, Johann Schneider-Ammann, qui a parfois donné l'impression depuis quelque temps qu’il était fatigué d’exercer sa fonction, serait peut-être déjà parti s’il n’y avait pas la question des paysans, avec qui il mène un bras de fer difficile. «Je veux encore faire quelque chose pour eux», lâche-t-il dans la NZZ. La situation est très tendue. La vision d’ensemble pour l’avenir de l’agriculture passe mal et les projets d’accords de libre-échange inquiètent. Il faudra sans doute un peu de temps pour détendre l’atmosphère et trouver des terrains d’entente. C’est sans doute ce qui justifie sa volonté d’aller jusqu’au bout de la législature.

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