Ces derniers jours, la nouvelle était attendue, mais le moment où elle est tombée a tout de même constitué une énorme surprise. Lorsque, à 9h26, le président du Conseil national Dominique de Buman a interrompu les débats pour faire part de la démission du ministre de l’Economie, Johann Schneider-Ammann, certains élus de son propre parti du PLR tombaient des nues. «On dit quoi, nous, maintenant?» a demandé un élu romand aux chargés de communication du parti.

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C’est dire que ce départ précipité s’est fait dans la confusion. Dans un premier temps, seuls le secrétaire général, Samuel Lanz, et la présidente du parti, Petra Gössi, ont été mis dans la confidence, puis un cercle plus élargi de personnes. Les fuites se sont alors multipliées, au point que Johann Schneider-Ammann a dû avancer l’annonce de sa démission au moment peut-être le plus inopportun pour le Conseil fédéral: il doit lancer ce mardi après-midi sa campagne contre l’initiative de l’UDC pour la primauté du droit suisse face aux «juges étrangers». «C’est dommage, car cette conférence de presse va désormais passer totalement inaperçue», déplorait Kurt Fluri (PLR/SO).

«Le meilleur ministre de l’Economie du monde»

Pourquoi une telle précipitation? Johann Schneider-Ammann n’a cessé de répéter qu’il «allait bien», malgré une fatigue qu’il avait de plus en plus de peine à cacher. Ce mardi, les cadres du parti ont éludé la question relative à son état de santé, préférant rendre hommage au conseiller fédéral sortant. «Johann Schneider-Ammann a été le meilleur ministre de l’Economie du monde. Il s’est engagé sans compter pour la défense de la place économique suisse et à chaque fois qu’il le faisait, il avait des étoiles dans les yeux», raconte Christian Lüscher (PLR/GE), qui l’a accompagné lors d’un récent voyage au Brésil.

Il a eu beaucoup de peine à faire le lien entre l’économie et les droits de l’homme

Carlo Sommaruga (PS/GE)

Le chef du groupe PLR au National Beat Walti soulignait pour sa part son engagement pour la formation – et notamment pour la promotion de notre système d’apprentissage qui fascine toujours les étrangers – et la mise sur orbite numérique du pays. De son côté, le secrétaire général adjoint, Matthias Leitner, saluait le travailleur discret qu’il a toujours été en faveur des intérêts supérieurs du pays. «Il ne s’est jamais ménagé, il a toujours travaillé jusqu’à la limite de ses forces.»

Un double ticket féminin?

A gauche, on tirait un bilan plus mitigé de l’action du ministre de l’Economie. Le chef de groupe du PS Roger Nordmann n’a voulu retenir que le positif, soit son engagement en faveur de la Suisse de l’industrie d’exportation et de la recherche. Carlo Sommaruga (PS/GE) s’est pour sa part montré plus critique. «Il croyait que la main invisible du marché pouvait régler tous les problèmes. Il a eu beaucoup de peine à faire le lien entre l’économie et les droits de l’homme.»

La succession de Johann Schneider-Ammann est désormais ouverte. Le PLR a prévu une conférence de presse ce mercredi 26 septembre pour clarifier l’agenda. Une chose paraît déjà certaine. Aussi bien Petra Gössi que Beat Walti ont clairement laissé entendre que le PLR offrirait à l’Assemblée fédérale un ticket avec au moins deux candidatures, même si ce choix appartient au groupe. D’ores et déjà, la conseillère aux Etats saint-galloise Karin Keller-Sutter part favorite. Si Johann Schneider-Ammann a précisé que «l’élection d’une femme ferait grand bien au pays», la tête du parti n’a pas voulu trop s’engager, notamment sur la délicate question d’un double ticket féminin.