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Johanna Gapany, enfant chérie du PLR fribourgeois

A 30 ans, la députée bulloise sera désignée ce mercredi candidate au Conseil des Etats. Si ses chances sont minimes, la campagne des fédérales devrait permettre d’imposer celle qui est considérée comme le plus grand espoir de son parti

Johanna Gapany a donné rendez-vous sous les moulures en plâtre et les boiseries rénovées de la Brasserie du Moderne, un ancien hôtel au style baroque datant de 1906 devenu l’un de ces nouveaux lieux à la mode de la dynamique ville gruérienne de Bulle. Ici, elle est avant tout Johanna, la fille que tout le monde a vu grandir. On vient la saluer, lui glisser un encouragement. Des voisins de sa mère s’arrêtent un instant pour prendre de ses nouvelles. Il y a sa tante qui lui fait un petit signe amical de loin. Une fois attablée, le temps d’un grand chocolat chaud, la jeune politicienne va se raconter avec énergie, tout à la fois volubile et spontanée.

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C’est dans cette Gruyère natale et qu’elle n’a jamais quittée que la PLR a fait ses premières armes politiques il y a déjà quinze ans. Elle n’a alors même pas encore le droit de vote. Membre de la société de Jeunesse de La Tour-de-Trême, elle s’engage contre la fusion de son village avec la voisine Bulle: «Nous étions la deuxième localité de la Gruyère et nous allions être avalés par la ville.» La fusion a finalement été acceptée et – ironie du destin – Johanna Gapany siège aujourd’hui au sein de l’exécutif de la nouvelle commune, où elle est chargée des espaces publics (voirie, déchets…) et des sports.

A 30 ans, celle qui est également députée au Grand Conseil souhaite passer un nouveau palier. Cet automne, elle se lance à l’assaut du Conseil des Etats; une candidature qui devrait être confirmée ce mercredi par l’assemblée des délégués de son parti. L’élection s’apparente à une mission impossible. Les deux sortants, l’ancien conseiller d’Etat PDC Beat Vonlanthen et le président du Parti socialiste suisse, Christian Levrat, deux poids lourds de la politique cantonale, paraissent indéboulonnables. Il y a donc peu de chance que l’on fasse tirer «La Jaune», le nom du canon dont les salves saluent les grandes victoires radicales en terre de Gruyère.

«C’est notre avenir»

Qu’importe. Johanna Gapany veut y croire. «Aucun siège n’est jamais acquis», glisse-t-elle avec malice, en référence aux élections fédérales de 2003 quand un jeune socialiste alors peu connu nommé Alain Berset créa la surprise en devançant le sortant PLR Jean-Claude Cornu. Le défi n’effraie en tout cas pas celle qui portera sa jeunesse en étendard. «Ces prochaines années, au niveau du parlement, il y a des enjeux majeurs, sur les dossiers comme le financement des retraites, la réforme du système de santé ou les infrastructures, plaide Johanna Gapany. C’est notre avenir. Nous, les jeunes, devons avoir notre mot à dire.»

«Les PLR en Gruyère, nous avons l’habitude de nous montrer combatifs», ajoute la jeune femme. Une référence à l’époque où le parti, progressiste, s’opposait avec force aux conservateurs majoritaires de la capitale cantonale. «Fribourg ne nous a amené que la bise et les impôts», rigole Johanna Gapany. Comme un clin d’œil supplémentaire à cet esprit libre, la diplômée de la Haute Ecole de gestion de Fribourg travaille à 60% en tant que cheffe de projet au sein de l’Hôpital Daler, qui, historiquement, a été fondé en 1917 pour permettre aux protestants du canton de se faire soigner, eux qui rencontraient des difficultés à se faire prendre en charge dans les établissements gérés à l’époque par des congrégations catholiques.

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C’est peu dire que le radicalisme coule dans les veines de cette fille et petite-fille de PLR. «Mon père n’a jamais voulu m’influencer au niveau des idées politiques, corrige Johanna Gapany. Mais c’est certain que son engagement en faveur de la collectivité m’a imprégnée.» Une filiation qu’elle a dans un premier temps cherché à occulter. «J’avais 16 ou 17 ans, je ne voulais pas être la fille de… J’ai donc commencé à aller assister à des assemblées d’autres partis, mais mes convictions libérales m’ont ramenée dans le giron du PLR.» La Fribourgeoise apparaîtra pour la première fois sur les radars de la politique fédérale en avril 2012 lors de son accession à la vice-présidence des Jeunes PLR suisse.

Soutien unanime

«Avec cette élection au Conseil des Etats, le PLR veut profiler sur le long terme celle qu’il considère comme son plus grand espoir, analyse un observateur de la politique fribourgeoise. Cette campagne devrait lui permettre de gagner une certaine épaisseur. C’est une jeune femme brillante, très proche de la population, mais il lui manque encore un peu de charisme pour véritablement s’imposer.» La candidature de la Bulloise a obtenu le soutien unanime des membres du comité directeur du PLR fribourgeois, dont elle est la vice-présidente.

Le conseiller national Jacques Bourgeois, qui s’était dans un premier temps mis à disposition de son parti pour cette élection, a choisi de céder sa place. «Je me porte candidat pour ce qui sera ma dernière législature à Berne, explique le directeur de l’Union suisse des paysans. Pour les Etats, il faut pouvoir assurer une plus longue durée. J’ai aussi des dossiers importants (réforme fiscale, énergie…) à mener à terme au National. Alors quand j’ai su qu’il y avait la possibilité de lancer une jeune femme de caractère et compétente, je n’ai pas hésité.»

«La politique, que du plaisir»

Une candidate qui ne part pas totalement dans l’inconnu, elle qui avait œuvré comme cheffe de campagne aux dernières fédérales. Elle se réjouit de retourner batailler. «La politique, c’est que du plaisir», conclut Johanna Gapany avec une étincelle dans le regard, comme si elle voulait reprendre à son compte la phrase du héros de Corneille: «Je suis jeune, il est vrai; mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années.»

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