Le secrétaire général du Parti radical suisse (PRD), Johannes Matyassy va quitter son poste pour prendre la direction de Présence suisse (PRS). Agé de 43 ans, marié, le Bernois est en fonction depuis le 1er juillet 1997. La date exacte de son départ n'est pas encore fixée. Pour dénicher la perle rare qui lui succédera, un appel d'offres sera publié dans la Neue Zürcher Zeitung et Le Temps et un chasseur de têtes a été contacté. Un candidat se profile déjà à l'horizon: le secrétaire général adjoint et actuel porte-parole du PRD, Guido Schommer, avoue que ce poste peut l'«intéresser» et que ce serait un «grand défi à relever». Mais il doit encore y réfléchir, notamment parce qu'il se marie dans une semaine.

Parfaitement bilingue, Johannes Matyassy s'est toujours efforcé de prêter une oreille attentive aux Romands. «Il a pris soin d'augmenter le nombre de francophones au secrétariat central et la collaboration avec lui s'est toujours bien déroulée. Mais le fossé politique entre Romands et Alémaniques n'a cessé de se creuser, ce qui n'a pas été facile à gérer pour lui», relève le secrétaire du Parti radical vaudois, Nicolas Imhof. Comme l'ensemble de la direction du parti, Johannes Matyassy n'a pu se dérober aux revendications formulées avec une détermination grandissante par l'aile économique, comme en témoigne l'initiative populaire pour un moratoire fiscal lancée à la veille des élections fédérales de 1999. Cette initiative est aujourd'hui en panne et le parti compte sur la votation du 24 septembre sur les taxes énergétiques pour la relancer.

A l'aise dans ses contacts avec les médias, Johannes Matyassy a connu davantage de problèmes à l'interne. Son style de direction a entraîné toute une série de départs au secrétariat général. Par ailleurs, ses relations avec certains bailleurs de fonds du parti n'ont pas toujours été au beau fixe. On se souvient que le Credit Suisse et deux compagnies d'assurances avaient coupé les vivres au PRD en 1998, vraisemblablement parce que celui-ci n'avait pas répondu à ses attentes.

Sur le plan politique, l'ère Matyassy aura été marquée par des hauts et des bas. Les mauvais résultats obtenus aux élections cantonales à Zurich et à Lucerne en 1999 ont provoqué une tempête à l'intérieur du parti. Celui-ci a eu très peur que le scénario se répète aux élections fédérales, et c'est dans ce contexte fébrile qu'a été lancée l'initiative fiscale. Le résultat des fédérales fut cependant meilleur que prévu, puisque le PRD a campé sur ses positions.

Aujourd'hui, comme toutes les autres formations politiques, le parti doit décider avec quelle équipe il compte se présenter aux prochaines élections fédérales, agendées pour octobre 2003. Au Parti radical, la donne se présente ainsi: président depuis 1989, Franz Steinegger pourrait se retirer à la fin de l'an prochain. Comme il n'est jamais bon de devoir gérer simultanément une double vacance, le choix de Johannes Matyassy était le suivant: s'en aller maintenant ou rester jusqu'aux élections de 2003. Il a opté pour la première solution, parce que, dit-il, «la place qui s'est présentée est très intéressante».

Pour la direction de PRS, Johannes Matyassy a été retenu «parmi d'autres candidatures de très bonne qualité», précise le ministre des Affaires étrangères,

Joseph Deiss, qui souligne que, comme les autres prétendants, l'élu a dû se soumettre à un audit externe. PRS reprend le rôle naguère confié à la Commission de coordination pour la présence de la Suisse à l'étranger (COCO). Créé en 1970, cet organe n'a jamais véritablement disposé de moyens suffisants pour jouer le rôle de porte-drapeau qui lui avait été dévolu. Avec un effectif de cinq personnes et un budget annuel maximal de 2,4 millions, les ambitions sont évidemment limitées.

Lorsque l'image de la Suisse a commencé à se détériorer (blanchiment d'argent, fonds Marcos et Mobutu, fraude fiscale, fonds en déshérence), l'insuffisance de la COCO a éclaté au grand jour. Le Conseil fédéral a alors mis sur pied PRS, qui disposera de dix collaborateurs et dont le budget annuel a été fixé à 13,8 millions, montant qui sera atteint par paliers. Un crédit quadriennal de 46,4 millions a été adopté par le parlement ce printemps. Johannes Matyassy prend ainsi la tête de cet organe. Joseph Deiss explique qu'il a été retenu en fonction de ses multiples expériences professionnelles (Bureau de l'intégration, Office fédéral des affaires économiques extérieures, ambassade de Suisse en Argentine, collaborateur personnel de Jean-Pascal Delamuraz de 1995 à 1997). Il entrera en fonction dès que sa succession au PRD aura été réglée.