L’image, étonnante et symbolique, a été cent fois commentée et reproduite en début d’année: celle du secrétaire d’Etat américain John Kerry qui vient poser ses mains sur les épaules de Didier Burkhalter, dans les couloirs du Forum économique mondial de Davos, provoquant la surprise du conseiller fédéral neuchâtelois. Une image qui avait donné l’occasion à Didier Burkhalter de commenter la relation personnelle qui le lie au secrétaire d’Etat américain: «Nous nous connaissons très bien. En anglais, on dirait peut-être que nous sommes close» a-t-il confié à l’Aargauer Zeitung.

Cette image pourrait bien être rangée dans les albums de souvenirs. Et avec elle, celle de la pizza «John Kerry» servie sur les quais d’Ouchy en l’honneur des séjours lausannois du secrétaire d’Etat américain, tout comme ses virées à vélo sur les bords du Léman et ses lettres de remerciements aux hôteliers montreusiens.

Ligne directe perdue

Car qui dit élections américaines, dit aussi renouvellement de l’administration à tous les niveaux. La présence de John Kerry, qui a vécu en Suisse étant enfant, dans un futur gouvernement Trump est irréaliste. Mais l’hypothèse de le voir dans un gouvernement Clinton est elle aussi peu accréditée. Selon le média Politico, l’actuel chef de la diplomatie américaine pourrait tout au plus devenir envoyé spécial des Etats-Unis pour la Syrie ou pour le Proche-Orient par exemple.

Quel que soit le résultat des élections américaines, c’est donc une ligne directe, entre Berne et Washington, entre Didier Burkhalter et John Kerry, que la diplomatie suisse se prépare à perdre. Avec quel effet? «Je ne sais pas quel dossier cette amitié entre John Kerry et Didier Burkhalter a pu faire avancer, s’interroge François Nordmann, ancien ambassadeur. Je suis plus inquiet de la disparition du lien entre John Kerry et Javad Zarif (ndlr: le ministre iranien des affaires étrangères)». A Berne, un diplomate estime pour sa part que la perte de cette ligne directe n’est pas anodine. «Cela a un impact. Le réseau qui fonctionne vraiment est un réseau personnel», note-t-il.

Contact avec les deux camps

Des réseaux personnels. C’est ce que la diplomatie suisse a essayé de recréer ces derniers mois, en entrant en relation avec les équipes de campagne des deux camps, républicain et démocrate, sachant que dès que l’élection est jouée, il est plus difficile d’avoir un contact avec l’équipe de transition qui se met en place.

Recréer ce réseau constitue le premier défi de Berne. Car pour le reste, l’élection américaine n’a pas grand impact sur les dossiers bilatéraux entre la Suisse et les Etats-Unis. «Nous avons énormément de coopérations avec les Etats-Unis, mais elles se situent avant tout dans le domaine technique: prévention de la violence terroriste, formation professionnelle, etc. A priori, ces coopérations s’inscrivent dans la continuité quel que soit le président», souligne notre source diplomatique.

Au niveau international, c’est une autre paire de manches. La Suisse devra s’adapter à l’approche du futur locataire de la Maison Blanche. La démocrate Hillary Clinton a l’avantage de reconnaître l’apport de la Genève internationale. «Ce qu’on perd avec John Kerry serait compensé par le lien que Hillary Clinton entretient avec la Suisse», souligne François Nordmann. De son côté, le républicain Donald Trump, avec sa politique étrangère qui consacre la primauté absolue des intérêts américains, fait peur aux organisations onusiennes. Dans un entretien avec Bilanz en 2008, il qualifiait Genève et Zurich de villes «extraordinairement belles»… avant tout dans l’optique d’y construire un jour une tour Trump.