Hier à Genève, aujourd'hui à La Chaux-de-Fonds et Lausanne, José Bové fait la tournée des librairies Payot pour promouvoir son livre Pour la désobéissance civique. L'altermondialiste y défend les actions illégales, mais légitimes à son sens, au nom d'un intérêt collectif. José Bové refuse certaines règles de l'Etat de droit non, dit-il, pour contester la démocratie, mais pour la faire évoluer vers plus de démocratie.

Fernand Cuche, conseiller national neuchâtelois, accompagnait hier son camarade français au Club suisse de la presse. Soutien compréhensible de la part d'un défenseur de la paysannerie suisse, condamné en 2002 pour «contrainte» contre les distributeurs Migros et Coop. En revanche, cette caution est plus problématique dans la perspective de l'élection en 2005 du Conseil d'Etat neuchâtelois, à laquelle il est candidat. S'il devient ministre, le Vert devra promettre d'appliquer les lois.

Face aux journalistes, Fernand Cuche s'est d'abord fait l'avocat de la désobéissance civique. Selon lui, lorsqu'un gouvernement ne protège plus ses citoyens, il est légitime que ceux-ci réagissent, même par des moyens illégaux. Les lobbies économiques ont un tel poids que les Etats ne sont plus capables de pondérer leurs intérêts avec ceux de la population, explique-t-il. En prenant l'exemple du conflit avec Coop et Migros en 2001, il accuse Pascal Couchepin d'avoir laissé une grave crise s'envenimer sans intervenir.

Et s'il venait à être élu ministre? Fernand Cuche pourrait rompre la collégialité et recourir à la désobéissance civique face à un acte illégal qu'il considérerait légitime. «Comme chef de la police, devant des faucheurs d'OGM, je me récuserais, annonce-t-il, mon adjoint dirigerait alors les opérations. Même au sein du gouvernement, il faut contester les institutions quand elles n'offrent pas à la société la possibilité de s'exprimer sur des thèmes fondamentaux, comme le choix du consommateur de ne pas manger d'OGM.» Fernand Cuche veut assumer ses convictions. Quitte à être sanctionné par les électeurs.