Après douze ans de règne, Josef Estermann ne se représentera pas aux élections municipales. En confirmant une décision précédée de nombreuses rumeurs, le maire de Zurich a tenu à préciser que son choix n'avait rien à voir avec le scandale déclenché par la révélation, il y a deux semaines, de son soutien au financier Marc Rich (Le Temps de jeudi). Si à 53 ans, le socialiste ne désire pas briguer un quatrième mandat, c'est, dit-il, sur le conseil de son médecin. Josef Estermann souffre d'une allergie cutanée et depuis quelques années la douleur ne le quitte plus. Seul un régime approprié, ainsi que des soins quotidiens, permettent d'apaiser le mal. «Cette année, j'ai atteint mes dernières limites», a-t-il précisé. Son mandat actuel se termine en mars 2002.

Pour cette conférence de presse, Josef Estermann a fait l'aller et retour de Davos, où il passe ses vacances depuis le week-end dernier. Il y suit une cure, plus précisément. Organisée à la hâte, la réunion a permis à Koni Loepfe, président du Parti socialiste en Ville de Zurich, d'annoncer la candidature à la présidence d'Elmar Ledergerber, actuel chef du Département des travaux et successeur d'Ursula Koch. Le maire actuel est ensuite retourné à la montagne, où il reste injoignable. On n'en saura donc pas plus.

Les Zurichois élisent leur président au suffrage universel, une particularité qui a permis à Josef Estermann de remporter haut la main les dernières élections en 1998. Resté très populaire, le maire a traversé une décennie mouvementée. En 1990, lorsqu'il succède à Thomas Wagner, la ville doit gérer la crise économique et l'explosion de la scène de la drogue. Dans ce dernier dossier, Josef Estermann montre une aptitude particulière. Il joue de son rôle de président pour faciliter les relations entre les différents départements – affaires sociales, police et écoles – et réussit à appliquer le principe des «quatre piliers»: prévention, thérapie, aide à la survie et répression. Zurich aujourd'hui ne connaît plus de scène ouverte de consommation d'héroïne.

Dans son département, il accomplit un tour de force. Ses trois mandats lui ont en effet permis de faire de Zurich une ville culturelle d'envergure internationale. La nomination d'Alexander Pereira à l'Opernhaus, plus récemment celle de Christoph Becker au Kunsthaus et de Christoph Marthaler au Schauspielhaus ont à chaque fois relancé le prestige de ces institutions.

Josef Estermann est aussi un président-bâtisseur. Sous son règne se construit le Schiffbau, dernier en date des joyaux culturels de Zurich, qui contient les nouvelles salles du Schauspielhaus. En 1994, le canton accepte de financer la moitié du budget de l'Opernhaus. Une voie est ainsi ouverte vers une nouvelle répartition des tâches entre ville et canton, qui mène en 1999 à la votation de la péréquation financière entre l'Etat et les communes. Le budget culturel de la ville pour 2002 vient d'être augmenté de 7 millions.

«Lui est introverti, elle est extravertie»

Josef Estermann a pris goût au pouvoir, à tel point qu'il est aujourd'hui l'archétype de l'élu «gauche caviar». Ses relations avec les milieux économiques et son omniprésence mondaine font jaser dans la base du PS. «Regardez, s'écrie amusé un vieux militant du parti, il ressemble presque à Tony Blair.» Emil Schärer, ancien membre du comité central du parti, aujourd'hui retraité, rappelle pourtant que Josef Estermann «n'a jamais oublié d'où il venait. Lors de la fermeture de la brasserie Hürlimann, par exemple, il était dans la rue, avec les ouvriers. II y a quelque temps encore, il habitait en face du Kreis 5, dans des immeubles très simples, réservés aux fonctionnaires fédéraux. Tous les jours, il prenait le tram depuis la Limmatplatz (début du quartier chaud).»

Selon Jean-Pierre Hoby, chef du Département de la culture, le président «n'est pas amateur de bains de foule. Au contraire même, au début, il n'aimait pas les sorties en public. Petit à petit, il y a pris goût.» Pas une semaine en effet sans que Josef Estermann n'apparaisse dans la presse «people», accompagné de «Magi», son épouse depuis trente ans. Quand le couple est de sortie, c'est en effet Margrit Estermann qui semble mener le bal. «Lui est introverti, elle est extravertie.»

La «first Lady» zurichoise est surtout le meilleur service de relations publiques et un soutien important pour Josef Estermann. «Lorsqu'on organise un meeting au parti, surenchérit Emil Schärer, on fait bien attention d'inviter madame. C'est elle qui permet de créer des contacts avec Josef Estermann.»