Obwald voulait se défaire d'une étiquette encombrante, celle d'enfer fiscal. Le demi-canton voulait aussi montrer qu'il peut se débrouiller comme un grand, ripoliner son image et se profiler davantage sur la scène nationale. Lui, si petit qu'on en oublierait même l'existence.

De fait, il a récupéré une nouvelle image – mais sans doute guère espérée: celle de piste de cirque. Depuis le 11 décembre dernier, date de la votation sur la loi fiscale, il occupe la presse du pays avec assiduité. Le système dégressif, qui fait la part belle aux gros revenus, a relancé le débat sur la concurrence fiscale.

Le «cirque» d'Obwald

En Suisse alémanique, les justifications empruntées du gouvernement obwaldien ont répondu aux protestations des autres cantons. Ces derniers jours, dans la presse, on a parlé de «cirque», de «situation rocambolesque» ou de «politique de cabaret». Il était notamment question de l'entrée en scène du popiste vaudois Josef Zisyadis.

Depuis mercredi dernier, date de son arrivée très médiatisée à Sarnen, les rapports sont quotidiens, ou presque, et accompagnés de lettres de lecteurs. On ressent peu de connivence – à de rares exceptions – avec la démarche du politicien vaudois. Certains commentateurs aimeraient dépasser les clichés dont ce bout de pays de 33 000 habitants se retrouve affublé: «primitif», «peu ouvert à l'étranger», «conservateur».

Oui, ici, la colère contre l'intervention extérieure est grande, a ainsi constaté la NZZ am Sonntag, «mais la personne qui passe quelques jours à Obwald revoit son jugement». A Sarnen et dans les environs, la grogne s'adresse surtout au chef des socialistes, Hans-Jürg Fehr, qui n'a pas combattu le système dégressif dans son canton, à Schaffhouse, et le fait à Obwald. «Mais sans cela, les Obwaldiens sont des Suisses moyens, intègres, fidèles et surtout amoureux de leur paysage.»

On rappelle également que, dans ce canton surtout orienté vers la paysannerie, les bas salaires sont largement majoritaires. Récemment, le maire de Zurich, Elmar Ledergerber, très critique à l'égard des cantons fiscalement gloutons qui entourent sa ville, manifestait même un soupçon de compréhension pour la cause obwaldienne. «Il y a la volonté de s'extraire d'une situation difficile. Je peux comprendre», confiait-il dans une interview.

De son côté, la démarche de Josef Zisyadis, en qui le Tages-Anzeiger voit le «plus influent politicien suisse à la gauche du Parti socialiste», laisse les commentateurs plutôt sceptiques. D'abord, un coup de pub, jugent beaucoup. Inutile de chercher un bravo sincère à cette action qui aurait donné une résonance nationale à la problématique de la concurrence fiscale. On préfère rappeler que cette loi a été approuvée par 86% de la population.

Une belle mise en scène

«Zisyadis est parvenu à surprendre; c'est sûr, il sait se mettre en scène», reconnaissait la semaine dernière la Neue Luzerner Zeitung. Avant de continuer: «Mais à part ça? Le caractère constitutionnel de l'impôt dégressif peut être remis en question; pourtant, l'activisme mis en scène par Josef Zisyadis est disproportionné. Il serait plus justifié de se préparer pour le prochain cas. De pouvoir agir à temps lorsqu'un canton voudra imiter Obwald.»

De même, le gouvernement obwaldien aurait dû s'enquérir plus tôt d'une expertise sur la constitutionnalité de la nouvelle loi. Le Tages-Anzeiger, de son côté, rappelle qu'en 2004, le Tribunal fédéral a refusé une plainte déposée contre le système dégressif de Schaffhouse.

Pour l'heure, la gauche – socialiste ou popiste – ne ressort pas indemne de l'épisode. Fidèle à ses habitudes, le conseiller national UDC Christoph Mörgeli s'en donne à cœur joie dans la Weltwoche: «En réalité, il faudrait fonder un «Zisyadis-Homeland», ouvert à tous les immigrés de la planète et avec les mêmes salaires pour tous. Un petit et avenant canton baptisé Corée du Nord. Nous verrons ensuite combien de temps s'écoule avant qu'une livraison de riz soit nécessaire.»

L'avis du «Monde»

Avec un ton bien sûr différent, le quotidien de droite Neue Zürcher Zeitung critique aussi les motifs de Hans-Jürg Fehr, qui a parlé de «climat d'intimidation» en terre obwaldienne pour expliquer l'abandon d'un recours au Tribunal fédéral. Ces motifs sont qualifiés de «pleurnicheurs». «L'histoire montre le rapport problématique du Parti socialiste avec les décisions populaires liées à la fiscalité», relève la NZZ.

La semaine dernière, le quotidien dénonçait le lobby de représentants socialistes à Bruxelles contre la politique fiscale suisse. Car la pression européenne a redoublé ces derniers mois et la sous-enchère fiscale de certains cantons fait réagir. Lundi, le quotidien français Le Monde n'a pas manqué de le rappeler, traitant du geste «aussi radical que médiatisé» de Josef Zisyadis. Bruxelles a demandé des éclaircissements sur les faveurs de certains cantons. «Des questions précises, mais non publiques, ont été transmises à Berne, souligne le journal français. La réponse se fait toujours attendre.»