Lambada va-t-elle danser sur le nez – version germanique du ventre – du Valais romand et redonner au Haut-Valais le titre très convoité de reine des reines? Cette vache, propriété de Wendelin Fux à Eggerberg, a beaucoup impressionné les observateurs lors des matches régionaux qualificatifs pour la traditionnelle finale cantonale à Aproz, le 9 mai prochain.

Année après année, cette finale devient un must mondain et politique de plus en plus couru. Au point que les chances de Lambada, Pigeon, Chita, Sauvage Tonnerre, Saphire, Lancia et autres Moscu (sic), passent au second plan dans les conciliabules de carnotzet. L'intrigue principale remonte cette année jusqu'au Palais fédéral, avec, dans l'arène, les taurillons Deiss et Blocher.

Tout commence le 12 mars dernier lors de la venue du patron de l'UDC à la Fondation Gianadda à Martigny pour l'exposition Anker, dont une bonne partie des œuvres appartient au tribun zurichois. Jean-Marie Fournier est de la partie. Ce célèbre promoteur de Veysonnaz, également président du conseil d'administration du groupe Rhône Media – le groupe du Nouvelliste – est un notable PDC. Mais il ne s'est jamais montré insensible aux idées de l'UDC.

Avec l'aide du conseiller national UDC Oskar Freysinger, Jean-Marie Fournier profite donc de l'occasion pour inviter Blocher au grand rendez-vous d'Aproz. Invitation acceptée.

Mais hier, patatras! En quelques lignes dans Le Nouvelliste, Christoph Blocher fait savoir qu'il ne viendra pas. «J'ai malheureusement appris que le président de la Confédération Joseph Deiss prendrait part à cette manifestation. J'ai donc décidé de ne pas y participer moi-même étant donné que la présence de deux conseillers fédéraux est inusuelle.» Le protocole veut en effet qu'un seul des sept Sages prenne part à une même manifestation.

Comme chaque année, les organisateurs des combats avaient invité le président de la Confédération. Mais, comme ils le reconnaissent eux-mêmes: «D'habitude, on reçoit une lettre polie de refus.» L'an dernier, même le très Valaisan président Couchepin ne s'est pas déplacé. Le jour même il est vrai, un autre événement de portée considérable avait lieu dans son canton: le festival des fanfares radicales.

Joseph Deiss sera donc tout simplement le premier président en exercice à assister aux joutes d'Aproz.

Il n'en fallait pas plus aux sympathisants valaisans de Christoph Blocher pour crier au complot et évoquer dans un communiqué «de fortes pressions occultes». Dans le collimateur, les conseillers nationaux démocrates-chrétiens Christophe Darbellay et Maurice Chevrier, ce dernier étant lui-même éleveur. Les deux politiciens auraient forcé la main de Joseph Deiss pour couper l'herbe de l'arène sous le pied de Blocher.

Christophe Darbellay ne se démonte pas: «J'ai de bons contacts avec Joseph Deiss et je lui ai à plusieurs reprises conseillé d'assister à diverses manifestations ayant lieu en Valais, mais pas précisément la finale cantonale des reines.» Et le conseiller national d'ajouter: «Je trouve particulièrement justifiée, en ces temps d'économies budgétaires, la règle d'un seul conseiller fédéral par manifestation.»

Quant à Maurice Chevrier, il invoque le calendrier: «Cela fait au moins trois ou quatre mois, donc bien avant l'invitation faite à Blocher, qu'à l'instigation des organisateurs nous avons soumis l'invitation à Joseph Deiss. On lui avait expliqué que ce serait une première, que c'était important qu'il soit présent en tant que chef de l'agriculture et de l'économie.»

Chez Joseph Deiss, on certifie également que l'invitation a été acceptée depuis «belle lurette» sans pouvoir articuler une date: l'affaire se serait décidée «par téléphone.»

L'affaire fait du bruit en Valais. Jusque dans certains milieux démocrates-chrétiens, on commence à trouver que Blocher, «qui représente 30% de l'électorat national» a déjà été suffisamment snobé par le canton: le conseil d'Etat avait boycotté la soirée chez Gianadda, tout comme une conférence du conseiller fédéral donnée lundi dernier à Brigue sur la question du paquet fiscal. Un nouvel affront serait de trop. Aussi dit-on que les conseillers d'Etat PDC Jean-René Fournier et Wilhelm Schnyder auraient été prêts à saisir l'occasion des combats de reines pour renouer contact avec le tribun zurichois.

L'UDC Oskar Freysinger ne décolère pas: «C'est dommageable pour le canton. Le Conseil d'Etat commençait à comprendre que Blocher est un homme d'écoute. Le changement est notable: les mêmes autorités valaisannes n'avaient jamais réussi à établir un vrai dialogue avec la conseillère fédérale Ruth Metzler.»

A Aproz, Lambada et les autres, c'est sûr, s'en battront l'œil et la corne. Elles élargissent chaque année le cercle de leurs aficionados. On annonce ainsi la présence dès la veille des combats de représentants de diverses chaînes de TV: – Arte, TV5, FR3 et même une chaîne japonaise seraient intéressées à une retransmission future de la manifestation. Ce qui fait dire à Jean-Yves Gabbud, seul journaliste au monde à avoir fait des combats de reines sa spécialité, qu'«avec 170 bêtes et 10 000 spectateurs, ce n'est de toute façon pas Blocher qui aurait fait le spectacle.»