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Kofi Annan et Joseph Deiss à Genève, en 2002, peu après le vote des Suisses favorable à l’adhésion.
© Keystone / FABRICE COFFRINI

Hommage

Joseph Deiss: «Kofi Annan a été le plus suisse de tous les secrétaires généraux»

Joseph Deiss était chargé des Affaires étrangères alors que Kofi Annan, qui vient de disparaître, dirigeait l’ONU. L’ancien conseiller fédéral se souvient de son action bienveillante lors de l’adhésion de la Suisse, en 2002

«Kofi Annan a été incontestablement une chance inouïe pour l’ONU et pour le monde. Par sa présence, il a réussi à accroître de manière énorme la crédibilité des Nations unies», dit l’ancien conseiller fédéral Joseph Deiss, chargé des Affaires étrangères quand Kofi Annan était secrétaire général de l’ONU, et qui a accompagné, sous l’œil bienveillant de ce dernier, la Suisse vers l’adhésion aux Nations unies.

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Il souligne d’abord son courage durant la guerre en Irak: «A l’ONU, en présence du président Bush, Kofi Annan a dit cette phrase, dont je me souviens encore: «Il n’y a pas de substitut à la légitimité des Nations unies.»

Mais il évoque aussi, derrière la discrétion, l’urbanité et l’ironie de l’homme, un dirigeant très structuré, sage et doté d’une vision claire de sa mission à la tête des Nations unies. Il revient pour nous sur cette période.

Le Temps: Que doit la Suisse à Kofi Annan?

Joseph Deiss: Il a été le plus «suisse» de tous les secrétaires généraux. Avant d’occuper cette fonction, il a travaillé des années durant à Genève au service de l’ONU. Lorsque j’ai pris ma fonction aux Affaires étrangères, en 1999, je l’ai rencontré à Genève pour lui dire que l’un de mes premiers objectifs était de faire de la Suisse un membre de l’ONU. Il m’a demandé: «Que puis-je faire pour vous aider?» Je lui ai dit: «Ne faites rien, s’il vous plaît, les Suisses sont jaloux de leur autonomie!»

Néanmoins, sa présence a pu peser sur le oui des Suisses à l’ONU en mars 2002…

Kofi Annan a donné un discours à Zurich, puis participé, un an environ avant le vote, à une rencontre publique à Bienne. Après son discours, un des auditeurs lui a demandé comment la Suisse, neutre, serait accueillie au sein de l’ONU. Il a balayé les objections en lançant: «Lorsque vous viendrez, les 190 membres de l’ONU vous accueilleront à bras ouverts.» C’est aussi, je crois, grâce à sa présence, que les Suisses ont eu plus confiance en l’ONU en 2002 que lors du premier vote, en 1986, où l’adhésion avait été refusée par 75% des votants.

Comment a-t-il réagi au oui des Suisses à l’ONU?

Le jour du vote sur l’adhésion de l’ONU, c’était tendu. Le peuple était acquis avec 54% de oui, mais pour les cantons, c’est passé de justesse à 12 contre 11. Kaspar Villiger, qui était président de la Confédération, est venu dans mon bureau avec une bouteille de champagne. Et nous avons appelé Kofi Annan. Et c’est là, après des échanges plus formels, qu’il m’a confié: «Mon épouse saute de joie à travers tout l’appartement.» C’était un moment sublime pour notre pays, mais aussi un grand moment d’amitié.

Plus tard, dans la lettre qu’il m’a adressée au moment où j’ai quitté les Affaires étrangères, il a souligné que cette adhésion était un acte historique pour notre pays, mais aussi pour l’ONU; 190 pays l’avaient déjà rejointe, mais nous étions les premiers à adhérer à l’ONU à la faveur d’un vote populaire. Et lorsque quelque dix ans plus tard, je m’apprêtais à prendre la tête de l’Assemblée générale des Nations unies, il n’était plus secrétaire général, mais il était là, à New York, pour me soutenir.

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