Nations Unies

Joseph Deiss lance des piques à l’UDC

Le président de l’Assemblée générale de l’ONU a plaidé, devant les Chambres réunies, pour une Suisse ouverte au monde. Il a surtout dénoncé certaines dérives populistes

Lorsque Joseph Deiss, président de l’Assemblée générale de l’ONU, a tenu, mercredi matin, son discours devant les Chambres fédérales réunies, les rangs de l’UDC étaient plutôt clairsemés. L’ancien conseiller fédéral, venu parler de «dignité humaine», de l’importance des objectifs onusiens du Millénaire pour le développement ou encore du «crédit impressionnant» de la Suisse à New York, a eu droit, trente minutes plus tard, à un bouquet de fleurs aux couleurs PDC et à une ovation debout. Et là encore, le président de l’UDC Toni Brunner a brillé par son absence.

Dans la salle, le Bernois Adrian Amstutz, vice-président du parti, s’est levé. Mais Yvan Perrin, également vice-président, a préféré rester assis, happé par la lecture de journaux. Une manière de montrer son peu de considération pour l’instance internationale.

Dans son discours, Joseph Deiss a défendu les valeurs onusiennes, tout en plaidant pour des réformes. «Il faut s’attaquer résolument à la revitalisation de l’Assemblée générale; il faut aussi que les négociations sur la réforme du Conseil de sécurité démarrent véritablement, de façon à ce que celui-ci reflète mieux les nouveaux équilibres mondiaux. Il faut encore achever le réexamen du travail du Conseil des Droits de l’homme», a-t-il souligné.

Mais le Fribourgeois a surtout lâché quelques piques, indirectes, à l’adresse de l’UDC. Avec des allusions à peine voilées aux récentes votations sur les minarets et sur le renvoi des étrangers criminels. «De tout temps, la Suisse s’est érigée en championne des libertés et des droits fondamentaux, de la solidarité et de la générosité. Il est intolérable que par égoïsme, ou, pire, par opportunisme électoraliste nous y touchions», a-t-il souligné. «Les valeurs fondamentales inscrites dans la Déclaration universelle des droits de l’homme ou dans notre Constitution valent pour tous. Y porter atteinte lorsqu’il s’agit des «Autres» revient à les mettre en cause pour nous-mêmes».

Et de citer Etienne Pinte, parlementaire de la droite française: «Quand le droit des étrangers devient un droit d’exception, c’est le droit tout court qui régresse».

L’ex-conseiller fédéral a ensuite mis l’accent sur la participation de la Suisse à la vie de la communauté internationale: «L’absentéisme est la solution la plus pernicieuse pour une nation. Devant l’histoire, les absents ont toujours tort, et un pays qui se gouverne par le repli sur soi et à coups de moratoires renonce «souverainement» à façonner son propre destin». Des propos qui ont provoqué quelques ricanements dans les rangs de l’UDC.

Enfin, l’ancien chef de la diplomatie suisse a insisté sur la nécessité d’avoir le «courage de parler de questions difficiles, dans la dignité, sans nous disperser au profit des populismes». «Nous devons avoir la force d’apporter les réponses qui respectent les valeurs fondamentales, les seules qui soient viables pour le long terme et dignes de l’exemple que la communauté des nations voit en nous». Encore une allusion aux récentes votations.

Quelques minutes plus tard, devant la presse, le Fribourgeois, plutôt détendu, a loué la capacité de savoir parfois «prendre ses distances»: «certains faits, au Palais fédéral, peuvent amuser la galerie, mais il suffit parfois de s’éloigner de quelques mètres pour s’apercevoir qu’ils n’ont plus la même signification». Encore une pique à certaines provocations de l’UDC? «Je n’ai jamais cité personne dans mon discours…», relève Joseph Deiss. Il a aussi insisté sur le fait que la grandeur de la Suisse se mesurait à son «autorité morale». Et glissé, au passage, qu’il verrait d’un bon œil une candidature de la Suisse au Conseil de sécurité des Nations unies.

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