Les relations entre la Suisse et la Turquie sont décidément inscrites dans un courant qui souffle alternativement le chaud et le froid. Après Micheline Calmy-Rey, qui a finalement effectué en mars dernier dans ce pays une visite longtemps remise, c'est aujourd'hui Joseph Deiss qui est victime d'un accès de mauvaise humeur à Ankara. Le ministre de l'Economie doit renoncer à la visite agendée pour le début septembre à son homologue turc, Kürsad Tüzmen. L'ambassade de Suisse à Ankara a reçu mercredi une note officielle, annonçant l'annulation de ce voyage, au motif que le ministre turc de l'Economie ne serait pas disponible aux dates prévues. La rencontre ne pourra de ce fait pas avoir lieu au mois de septembre.

Cette rebuffade s'inscrit dans le courant d'un nouvel épisode de tension entre Ankara et Berne, provoqué indirectement par la toute récente commémoration, voilà deux semaines, du Traité de Lausanne, qui a délimité les frontières de la Turquie moderne, en 1923. Les Turcs n'ont pas apprécié l'ouverture d'une enquête contre Dogu Perincek, chef d'un parti d'extrême gauche, qui avait nié à cette occasion, lors d'une conférence de presse dans le canton de Zurich, le génocide des Arméniens. Dogu Perincek a été entendu le 23 juillet par le juge d'instruction de Winterthour. Il faisait déjà l'objet d'une enquête dans le canton de Vaud pour des faits similaires. Une enquête avait également été ouverte en mai à Winterthour, pour les mêmes raisons, contre l'un de ses compatriotes, l'historien Yusuf Halacoglu.

Ballet diplomatique

Ces derniers développements ont été fort mal pris par les Turcs, qui considèrent que ces enquêtes vont à l'encontre du droit international et exigent qu'elles soient levées. Dans un véritable ballet diplomatique, les ambassadeurs de Suisse à Ankara et de Turquie à Berne ont été reçus au Ministère des affaires étrangères, l'un pour s'expliquer à Ankara, l'autre pour protester à Berne. Les explications données à cette occasion n'ont apparemment pas suffi à clarifier la situation et à apaiser les esprits.

Au Département de l'économie, on regrette cette décision, en souhaitant que la visite puisse avoir lieu à une date ultérieure. Il s'agissait d'une visite de travail en compagnie d'une délégation économique, telle qu'elles ont lieu tous les quatre ans environ dans les pays qui représentent un marché important. «Si la raison véritable de ce report, commente-t-on très diplomatiquement chez Joseph Deiss, était due aux enquêtes, on le regretterait, parce que la Suisse pratique la séparation des pouvoirs et que c'est une valeur essentielle de sa démocratie».