Le PS et le PDC aiguisent de plus belle leurs armes, chacun dans son coin. Non contente de préciser que le PS pourrait bien ne pas élire un des deux conseillers fédéraux démocrates-chrétiens en décembre prochain et préférer deux UDC, la présidente du parti, Christiane Brunner, attaque désormais frontalement Joseph Deiss. Une affiche représentant un ballon gonflable PDC sur l'eau avec le slogan «200 000 personnes recherchent du travail et le PDC Deiss va se baigner» (version allemande) est en effet diffusée dans toute la Suisse dès aujourd'hui. En Suisse romande, la version est un peu moins directe: à la place de «Et Deiss nage» figure «Grande vacance au Conseil fédéral». Le petit «Joseph» inscrit de façon tremblotante sur le ballon reste néanmoins visible.

A en juger par la virulence des attaques, le PDC ne pourrait espérer obtenir grâce aux yeux du PS que s'il votait en faveur des 400 millions de francs pour la retraite flexible dans le cadre de la 11e révision de l'AVS, en y ajoutant 500 millions pour soulager les familles de leurs primes d'assurance maladie. Face à l'évocation de ce «deal de 900 millions» thématisé par Le Matin dimanche et à la campagne d'affichage ciblée sur Joseph Deiss, les démocrates-chrétiens ne restent pas sans rien dire. Ils réfutent la dérive droitière que leur reproche Christiane Brunner, mais recherchent surtout à leur tour le talon d'Achille de leur nouvel «adversaire» de campagne.

Tant le conseiller national Jean-Philippe Maitre que François Lachat s'empressent ainsi de rappeler que la manœuvre du PS pourrait bien faire perdre quelques plumes à Micheline Calmy-Rey. L'ordre de passage des réélections – Leuenberger, Couchepin, Metzler, Deiss, Schmid et enfin Calmy-Rey – sera en effet en faveur du PDC et lui permettra de régler quelques comptes. «Micheline Calmy-Rey n'a pratiquement aucune influence au Conseil fédéral et sa crédibilité au parlement est entamée…» tient à préciser Jean-Philippe Maitre. La déclaration de guerre du PS au PDC – le parti consacre également un de ses papiers internes aux «sept péchés capitaux de Joseph Deiss» et ne compte pas s'arrêter là – n'est à ses yeux qu'un «écran de fumée» pour masquer «la faiblesse de leur conseillère fédérale, les divisions internes des socialistes ainsi que la stérilité de leur politique sociale (une allusion notamment à l'échec de leur initiative «La santé à un prix abordable, ndlr)». «Finalement, en nous attaquant de la sorte, cela prouve que, pour eux, nous jouons un rôle central dans la campagne: les socialistes sont en fait nos meilleurs agents électoraux!»,poursuit le Genevois, le sourire en coin.

Jean-Michel Cina, chef du groupe PDC aux Chambres, est lui plus féroce. «Cette manière de faire de la politique me surprend: les socialistes pratiquent comme l'UDC une politique de diffamation. S'ils veulent à ce point apparaître comme un parti d'opposition, qu'ils renoncent à leurs deux sièges!» déclare-t-il, non sans avoir préalablement précisé que si les socialistes n'ont pas opté pour une campagne d'affichage thématique, c'est «parce qu'ils n'ont aucune réussite à vendre». Même son de cloche auprès de Reto Nause. «Le PS fait du populisme pur et dur et adopte les méthodes de l'UDC», insiste-t-il. Le secrétaire général du PDC juge la campagne d'affichage «négative et mauvaise, parce que les socialistes dénoncent mais sans proposer de solutions». Ces attaques sont pour lui ressenties comme un «coup de poignard, digne d'un Jörg Haider en Autriche ou d'un Pim Fortuyn aux Pays-Bas», fait-il savoir dans un communiqué, en parlant de «climat empoisonné».

Une vingtaine de ces affiches grand format seront visibles dès ce lundi. S'y ajoutent quelque 5000 affichettes que des membres et sympathisants du PS s'empresseront d'apposer sur des surfaces non payantes, précise Jean-Philippe Jeannerat, porte-parole du PS. Le parti a déjà utilisé des personnalités politiques ou des grands patrons sur ses affiches électorales. Pascal Couchepin a ainsi récemment été représenté en Napoléon, avec le slogan «Sauvons l'AVS de la Berezina.» Daniel Vasella (Novartis), Marcel Ospel (UBS) et Peter Brabeck (Nestlé) ont eux aussi figuré malgré eux sur des affiches du PS, avec la révélation de leur salaire annuel, pour la campagne pour «La santé à un prix abordable». «Ils gagnent à eux trois 700 salaires annuels moyens et paient la même prime d'assurance maladie que nous», disait le slogan.

Toujours très calme, Jean-Philippe Jeannerat assure ne pas comprendre les menaces des démocrates-chrétiens à propos de Micheline Calmy-Rey: «Ils réagissent uniquement sur un mode défensif et avec un esprit de vengeance, alors que nous attendons d'eux qu'ils prennent des positions claires! Nous ne sommes pas dans le registre de la menace mais en pleine campagne électorale!» Si Philipp Stähelin, président du PDC, parle de «diffamation» contre Joseph Deiss, Jean-Philippe Jeannerat temporise: «Nous avons peut-être été à la limite de ce qui est acceptable, mais jamais nous n'aurions osé nous en prendre à Joseph Deiss par rapport à sa sphère privée!» Des propos qui n'apaisent pas pour autant la rage des démocrates-chrétiens.