Jura

Joseph Voyame, juriste humaniste, infatigable marcheur

Ancien directeur de l’Office fédéral de la Justice, rédacteur «sous un arbre» de la Constitution jurassienne en 1975, l’homme de loi fut un fervent défenseur des droits humains. Partout où il est passé

À 87 ans, qu’il avait fêtés la semaine passée, usé par une longue maladie, Joseph Voyame est décédé dimanche. Le Jura et la Suisse perdent une personnalité, un homme. Au sens premier du terme. Avant d’exhiber les innombrables titres de son curriculum vitae, Joseph Voyame était avant tout un personnage chaleureux, disponible. Un homme qui savait d’où il venait, un humaniste, heureux de faire et vivre des choses «simples». Avec sa tignasse blanchie par les années et sa moustache fournie, il a parcouru, inlassablement, monts et vaux de son Jura, de la Suisse, et même, aimait-il raconter, «par-delà les Alpes». La marche, la nature, les histoires étaient ses ressources intellectuelles majeures.

Fils de paysan-cheminot né à Courfaivre, Joseph Voyame fut d’abord juriste, greffier à la Cour suprême du canton de Berne, au Tribunal fédéral, puis directeur de l’Office fédéral de la propriété intellectuelle et de l’Office fédéral de la Justice de 1973 à 1988. A ce titre, il fut vice-président de la Commission de révision de la Constitution fédérale (1974-1977). En 1981, il fut candidat non retenu au poste de chancelier de la Confédération.

Son œuvre majeure, même si elle est éminemment locale, c’est la rédaction de l’avant-projet de Constitution du canton du Jura, en phase de création, en 1975. Il en avait débattu avec des amis avocats. Puis était allé sous un arbre rédiger la grosse centaine d’articles de la charte. Au soir du premier jour, racontait-il, il avait déjà écrit 37 articles d’un texte jugé modèle et progressiste.

Le Jura doit beaucoup à Joseph Voyame, qui vivait dans une ancienne ferme de Saint-Brais, aux Franches-Montagnes. De manière moins spectaculaire que Roland Béguelin et Roger Schaffter, mais avec tout autant d’énergie et de compétences, il mérite lui aussi le titre de «père du Jura» et de père «des Juras». De 1994 à 1999, il fut vice-président de l’Assemblée interjurassienne. En compagnie de Claude-Alain Voiblet, il a grandement contribué à la réconciliation entre Jurassiens du canton et Jurassiens restés bernois. Son charisme, sa capacité d’écoute, son expérience et ses compétences lui offraient de facto une autorité morale forte.

Toujours désireux de débattre et transmettre son savoir, Joseph Voyame a fait carrière universitaire. A Berne et Lausanne notamment, en tant que chargé de cours et professeur extraordinaire de droit. En retraite depuis 1988, il a multiplié les mandats. Nationaux, notamment comme vice-président de la Commission Bergier. Et internationaux: il a présidé le Comité de l’ONU contre la torture (1987-1993), a officié comme rapporteur de la Commission des droits de l’Homme (1988-1996), fut membre de commissions internationales en Roumanie, Hongrie, au Rwanda. Avec un seul objectif: défendre la dignité humaine.

Publicité