Usant et abusant du mot «miracle», la presse file la métaphore religieuse à propos du sauvetage de Cédric Genoud, qui dit avoir prié sous l’avalanche. L’événement et les mots pour le qualifier ont fait le tour du globe.

Miracle. N. m. – XIe; lat. miraculum «prodige» de mirari «s’étonner». Fait extraordinaire où l’on croit reconnaître une intervention divine bienveillante. Voilà. C’est la définition du Petit Robert. Evolène se serait donc prise pour Lourdes, l’espace de quelques heures. Dieu était là pour sauver Cédric Genoud après ses dix-sept heures d’incarcération sous la neige: c’est ce que dit la presse mondiale.

«Je me sentais coincé comme dans un sarcophage, je suis un miraculé et j’en suis conscient», confesse-t-il à 20 Minutes. Sur son lit d’hôpital à Sion, Cédric Genoud sait qu’il revient de loin. […] Sa mère estime que c’est comme une seconde vie qui commence pour son fils. Il y aura un avant et un après-Evolène.» «Pour la première fois de ma vie, j’ai prié», répercute la presse autour du globe, en citant notamment les sauveteurs par le biais de l’agence de presse UPI, qui en a fait une dépêche: «It is, according to commonly used terminology, a miracle» («C’est, comme on dit communément, un miracle»).

«Cette histoire incroyable qui s’est déroulée ce week-end à Evolène en Valais et qui tient du miracle», disait-on hier soir dans Forum de la RSR, est confirmée dans les mêmes termes par la presse romande: «Le miraculé des neiges» ( Tribune de Genève et 24 Heures ) a «imploré Dieu», dit-il dans Le Matin, qui cite en conclusion Robert Bolognesi, de Meteo Magazine, spécialiste en avalanches: «En trente ans, je n’ai jamais vu ça… Il peut brûler des cierges à l’église… ou autre part…» Le Matin qui, par ailleurs, publie une remarquable et très immanente double page sur les conditions de la survie de «Cédric, le miraculé d’Evolène». On n’en sort pas, même dans les articles les plus concrets. La preuve? «C’est presque un miracle», déclare aussi Pierre-Alain Sierro, le médecin qui a pris en charge «l’infortuné», confirmant ces métaphores inspirées dans Le Nouvelliste, lequel ne dit pourtant pas «revenu de l’au-delà», mais «revenu de nulle part». Des images, dans le fond, souvent associées aux exploits sportifs, du type «le gardien crucifié», pour un événement que RTL classe, elle, dans la rubrique «insolite».

Si la Neue Zürcher Zeitung s’en tient à un simple «besonderes Ereignis» (un événement particulier, selon l’expression laïque de la police), la Südostschweiz à un miracle «valaisan» et le Nieuwsblad flamand de Belgique au terme «uitzonderlijk» («exceptionnel»), la presse alémanique parle du «Wunder von Evolène»: le Blick, par exemple, via l’ATS comme beaucoup d’autres journaux. «Un vrai miracle que les policiers ont défini comme extraordinaire», écrivent de concert Il Messaggero italien et le Toronto Sun. Des mots repris quasi à l’identique dans un long article du Guardian et même, en Afrique du Sud, dans The Star. Et puis aussi, relayés par l’AFP, dans le Herald Sun australien, qui évoque le «survivant miraculeux» qui était enterré dans son «sarcophage de neige».

«Todo un milagro» pour «lo rescatan vivo tras pasar 17 horas sepultado». Comme enterré dans une «sépulture». Et pourtant, encore une fois, quel miracle! selon le titre du site spécialisé espagnol Nevasport.com. «He’s a very lucky man» («un homme chanceux»), traduit le Huffington Post plus prosaïquement. «Extraordinary survival», dit enfin la chaîne TVNZ, en Nouvelle-Zélande. En fin de compte, «c’est marrant que l’on voie Dieu quand il sauve une ou quelques personnes, mais jamais quand des centaines de milliers d’autres périssent», faisait remarquer mardi un internaute du Temps. Une fois de plus est mise en lumière son irrationalité»...