Ecole du Pré-du-Camp à Plan-les-Ouates. Les élèves viennent de rentrer en classe et les parents qui s’attardent sous le hall ne parlent que de ça: onze enfants auraient la grippe. «Laquelle? La normale ou la A?» demande une maman. «Ce midi, mon fils m’a dit que, dans son groupe, une petite fille avait attrapé la porcine», rapporte un papa. La directrice de l’établissement ne communique pas: «Voyez avec le Département de l’instruction publique.»

Ecole des Pervenches, à Carouge. La grippe commence là aussi à courir dans les couloirs. La rumeur annonce une vingtaine de cas. La directrice est injoignable. Elle remplace une maîtresse malade. «Elle est très enrhumée», croit savoir une secrétaire. Sur les murs, des affiches en français, italien, allemand, serbo-croate et espagnol montrent «comment bien se laver les mains et utiliser un mouchoir jetable».

Jointe plus tard, la responsable dédramatise: «Tout va bien, notre école n’est ni plus ni moins touchée qu’une autre. Et il n’est pas question de fermeture, puisque le DIP a exclu cette hypothèse. Un enfant malade doit rentrer chez lui.» Dehors une maman confirme: «On vient de recevoir une lettre, les enfants qui ont de la fièvre et de la toux doivent rester à la maison, le retour est possible 24 h après la fin des symptômes. Mais qui va les garder pendant ce temps-là?»

Le Chaperon Rouge, un service de la Croix-Rouge, propose des gardes d’enfants à domicile, mais la standardiste est débordée: «Ce matin, j’ai reçu environ 30 demandes, c’est deux fois plus que d’habitude, il y a de la gastro mais surtout de la grippe.»

Standard pris d’assaut

Genève vient de dépasser les 600 cas de grippe A et ce ne serait là que la partie émergée de l’iceberg, selon le médecin cantonal délégué, Philippe Sudre. 160 nouveaux malades ont été enregistrés la semaine passée (54% ont moins de 16 ans), on en attend encore plus cette semaine. Au niveau de la Suisse, on compte à ce jour plus de 2500 cas confirmés. Dans le canton de Vaud, 31 enfants du collège du Belvédère frappés par la grippe pandémique ont dû écourter leur séjour à la montagne. A la clinique de Carouge, le service des urgences a enregistré jeudi un pic de 65 patients, dont 14 venus pour un syndrome grippal. «C’est vraiment beaucoup», lâche Louis, un interne.

Jacques Garnier, le responsable administratif, sort d’une réunion avec les autorités sanitaires. Sa clinique fait partie des six établissements genevois qui, à compter de lundi prochain, procéderont à la première phase de vaccination (gratuite) qui concerne les groupes prioritaires à risque (professionnels de la santé, femmes enceintes et accouchées, malades chroniques). «On a d’ores et déjà reçu 1000 doses et on vaccinera du lundi au samedi de 7h à 19h», commente-t-il.

Gros travail d’organisation et d’information. «La direction générale de la santé met heureusement à notre disposition des personnels de soins infirmiers et on doit répéter aux personnes qu’elles doivent se présenter munies d’un bon de leur médecin pour être vaccinées», précise Jacques Garnier.

Le numéro de téléphone de la clinique spécialement ouvert pour la vaccination est pris d’assaut. Cent cinquante appels jeudi. «Les gens sont inquiets sur les effets secondaires du vaccin, poursuit le responsable. On les tranquillise, car ces effets se limitent à des réactions inflammatoires locales. On leur dit surtout que le vaccin contre la grippe A(H1N1) protège déjà deux semaines après une dose reçue, cela rassure.» Outre Focetria et Pandemrix déjà autorisés depuis octobre, un troisième vaccin pourra être utilisé dès lundi. Il s’agit de Celtura, fabriqué par Novartis, qui s’adresse en premier lieu aux enfants entre 3 et 18 ans.

Psychose?

Aux urgences des HUG, tous les personnels ainsi que les visiteurs doivent porter depuis la semaine passée des masques de protection. On compte 190 consultations par jour ces derniers temps, plus que la moyenne habituelle. Huit personnes grippées ont été hospitalisées la semaine passée.

Une infirmière témoigne: «On dit aux gens présentant des symptômes grippaux qu’ils doivent d’abord consulter leur médecin traitant, parce qu’ils risquent ici de contaminer beaucoup plus de monde, mais nos conseils sont vains. Les gens ont peur, il y a une psychose, beaucoup ont vu leur médecin mais ils viennent quand même pour avoir un second avis médical.» Une de ses collègues sourit: «L’avantage avec le masque c’est qu’on grignote moins de chocolat, on maigrit.»