La tendance se renforce. Depuis une dizaine d'années, la précarité urbaine en Suisse s'accroît de manière préoccupante. Genève n'échappe pas au phénomène. Faisant face à une surcharge des lieux d'accueil qu'elle gère, la Ville de Genève vient d'ouvrir une nouvelle structure, le Club social Rive droite dans les locaux de l'ancien restaurant «chez Bouby» dans le quartier de Saint-Gervais. Un centre de ce type existe déjà pour la Rive gauche. Cheffe du Service social de la Cité de Calvin, Véronique Pürro brosse un portrait de la situation sociale dans sa ville.

Le Temps: Vous parlez d'augmentation inquiétante de la précarité urbaine. Quels sont les indicateurs qui vous permettent de dresser un tel constat?

Véronique Pürro: Il y a cinq ans, nous accueillions environ 70 personnes par jour. Aujourd'hui, ce sont entre 200 et 300 personnes par jour. Quotidiennement, nous offrons environ 1000 repas aux démunis. Par ailleurs, nous venons d'ouvrir un abri PC pour l'hiver. Après quatre jours, 17 personnes y ont déjà passé la nuit. L'an dernier, 3800 nuitées ont été comptabilisées. Nous avons aussi mis à nouveau sur pied nos tournées nocturnes. Bref, ces données ne trompent pas. D'autant que nos centres ne sont que deux structures parmi d'autres. Le problème est plus vaste. Comme nous sommes un lieu d'accueil dit à bas seuil, nous n'attachons pas d'importance au statut des gens. Nous les recevons tous. Ce que nous constatons n'est pourtant que la pointe de l'iceberg, car nous sommes le dernier maillon de la chaîne.

– Quelles sont les causes de surcharge des structures d'accueil?

– Par son caractère de métropole, Genève est un pôle d'attraction. Avec l'ouverture des frontières, les personnes de l'Est venant chez nous et souffrant de précarité sont beaucoup plus nombreuses. Le nombre de clandestins qui nous rendent visite est en hausse, car la concurrence sur ce «marché» est toujours plus grande. Les fortes tensions sur les marchés du logement et de l'emploi ont aggravé le phénomène par un effet d'enchaînement. De plus en plus de personnes souffrant de troubles psychiques fréquentent nos structures. La réforme de la psychiatrie, qui a induit une réduction des internements, est l'un des facteurs explicatifs de cette évolution. Enfin, les personnes souffrant d'addictions sont aussi en hausse. Il est donc essentiel d'agir dans l'urgence en les accueillant, et les écoutant, mais aussi de les orienter.