«Le Grand-Pont aux piétons, le Grand-Pont aux piétons!» C’est avec ce slogan que les manifestants d’Extinction Rébellion et du mouvement «Pour un centre-ville sans voiture» défilent ce samedi sur l’ouvrage venant d’être rénové.

Ce samedi en effet, l’axe reliant Saint-François à Bel-Air pouvait à nouveau être emprunté par tous les utilisateurs, y compris les véhicules privés. Une décision contestée par les milieux de gauche ainsi que par de nombreuses associations, lesquels regrettent que la municipalité lausannoise ne se soit pas servie de ces travaux pour annoncer sa fermeture définitive. Une décision déjà actée par le conseil communal depuis 2016, mais qui n’a pas d’échéance précise. Cette volte-face de l’exécutif est due à un compromis avec les commerçants lausannois dans le but que ces derniers retirent leur opposition contre le tram qui doit voir le jour en 2026.

«Donner du courage aux élus»

A la fin de ce défilé regroupant entre 100 et 200 personnes selon les organisateurs, Pro Vélo Région Lausanne, l’Association Transports et Environnement Vaud (ATE Vaud) et actif-trafiC ont lancé une pétition qui demande de fermer le Grand-Pont au trafic individuel motorisé, tout en le laissant ouvert et accessible aux transports publics, piétons, vélos et véhicules d’urgence.

«Nous sommes là pour donner du courage à nos élus, explique Jacques André Eberhard, responsable du comité pour un centre-ville sans voiture. Si quand nous avons l’opportunité de prendre des mesures faciles pour le climat nous ne le faisons pas, alors ça sert à rien de rédiger des plans climats ambitieux.» Rappelons que la Ville de Lausanne a annoncé vouloir interdire les véhicules à essence d’ici 2030.

A ce propos, en mai 2022: A Lausanne, la fin définitive des voitures sur le Grand-Pont?

Face aux manifestants réunis devant l’église Saint-François, Jacques André Eberhard a lancé un appel au dialogue avec les commerçants. «Nous voulons avoir une discussion avec l’Association du quartier de Saint-François et Bourg, car un lobby ne peut pas prendre en otage toute une ville. Cette entité n’est pas représentative de tous les artisans. Pour preuve, la Chambre de l’économie sociale et solidaire qui regroupe une centaine d’institutions s’est prononcée contre la réouverture de pont aux voitures, relève l’organisateur de la manifestation. Ils se rendent bien compte qu’il n’y a pas de places de parc sur cet axe et qu’un quartier piéton favoriserait l’économie.»

«Notre but n’est pas d’embêter les gens»

Parmi les participants de ce blocage de pont, Brigitte Nicod, une militante venue ce samedi, analyse la situation. «Les villes alémaniques ont vingt ans d’avance sur nous en matière d’aménagements urbains et elles restent tout autant attractives voir plus. Notre but n’est pas d’embêter les gens mais de trouver des solutions permettant de rendre la vie à Lausanne plus agréable», commente-t-elle avant de répondre à Claude Jutzi, le président de l’Association du quartier de Saint-François et Bourg. Celui-ci a indiqué dans nos colonnes que «certains clients, principalement ceux qui fréquentent les magasins de luxe, ne vont jamais mettre les pieds dans un bus ou un tram.» Et qu’il faut par conséquent, favoriser la mobilité multimodale.

«Je vous promets qu’il y a des solutions. Par exemple, pour les touristes, on pourrait accorder un laissez-passer jusqu’au parking de leur hôtel. Et sinon, il faut aussi dire que prendre le tram n’a jamais tué personne», sourit Brigitte Nicod en attrapant au passage un drapeau pour le défilé.

En première ligne, deux jeunes têtes blondes à peine en âge d’aller à l’école tiennent la pancarte d’Extinction Rébellion. Sarah Meigniez, leur maman, fait partie de la section famille du collectif pour le climat. «J’amène mes enfants ici car, comme tous les autres parents, je partage avec eux des valeurs qui me semblent importantes. Et je pense que leur offrir un avenir désirable en fait partie.» Activiste dans l’âme, elle ne comprend pas comment une telle décision a pu être prise. «Nous avions l’opportunité d’enterrer une habitude néfaste pour la planète. Ce choix me laisse perplexe.»

Pincement au cœur

Présent principalement dans son rôle de président de l’ATE Vaud, le député écologiste David Raedler a lâché les pétitions quelques minutes, le temps de défiler sur le pont. «En tant que Lausannois je ne suis pas content. Récemment une étude a montré que les citadins quittaient de plus en plus notre ville pour la campagne. C’est mauvais car ça veut dire que ces gens peuvent potentiellement prendre la voiture pour revenir au travail et ça impacte directement le transit.»

L’élu vert ne jette toutefois pas la pierre à la municipalité. «D’un point de vue politique je peux comprendre cette décision dans l’idée de ne pas retarder encore plus les travaux du tram, mais du point de vue de l’urgence climatique c’est plus dur», indique-t-il avant de se tourner sur sa droite, et d’ajouter: «On a rénové les garde-corps du pont en mettant en avant l’aspect patrimonial. Mais nous n’avons pas pensé à la vue qui est désormais gâchée par le retour du trafic.»