Sur une planète de sept milliards d’habitants (bientôt neuf), est-il encore acceptable de manger de la viande? La question qui a occupé mardi le Grand Conseil vaudois a de vastes répercussions. En instaurant chaque semaine un jour sans produits carnés, ni poisson, dans les menus des établissements publics (écoles, hôpitaux, etc.), les écologistes espèrent conjurer les grands désastres du temps, de la déforestation au réchauffement climatique en passant par l’obésité et la surexploitation des océans.

Anecdotique voire loufoque pour certains, la proposition des Verts touche un point sensible. L’alimentation apparaît comme le dernier rempart d’une liberté malmenée par les interdictions en tous genres et la culpabilisation du consommateur occidental, sommé de scruter chaque étiquette pour mesurer au gramme près sa contribution à la destruction de la planète. Le ras-le-bol des députés vaudois, qui ont dénoncé une «démarche visant à faire le bonheur des gens contre leur volonté», rappelle le cri du cœur du président George Bush père – «le mode de vie américain n’est pas négociable!» – lorsqu’il fut confronté au thème des gaz à effet de serre.

Selon le gouvernement vaudois, le Suisse moyen mange 55 kilos de viande par an, contre 127 pour un Américain ordinaire. Le problème, en l’espèce, n’est pas de déterminer où se situe la quantité idéale, mais de savoir dans quelle mesure l’Etat, par des admonestations plus ou moins appuyées, doit pousser ses citoyens à changer de régime.

Un esprit libéral répondrait instinctivement non. Mais l’on peut aussi faire le raisonnement inverse: les autorités doivent-elles subventionner la consommation de viande en en proposant chaque jour aux élèves, aux patients, aux fonctionnaires qui fréquentent ses cantines? Le bon sens suggère que rien ne les y oblige. Et qu’il n’est nul besoin de lois ou de délibérations parlementaires pour que les cuisines officielles adaptent leurs menus au goût, ou aux impératifs moraux de l’époque.

Ce débat tranche avec une vision altermondialiste naïve, qui attribue à des superstructures lointaines ­– multinationales, pays capitalistes – le saccage de l’environnement. Il appelle plutôt chaque individu à s’interroger, à son échelle, sur les conséquences de son appétit. Que ce questionnement ait lieu chez soi, ou dans une cantine publique, est finalement secondaire.